Covid-19 et naturopathie - en mode pro formation

Nathalie Mathieu

Nathalie Mathieu est hygiéniste naturopathe certifiée par l’école Dargère Univers. Elle est passionnée par la vie sous toutes ses formes, et plus précisément par la santé naturelle. Dans ses billets de blog, elle vous propose ses réflexions personnelles et des brins de son expérience sur ces sujets, et serait ravie de pouvoir échanger avec vous. Si au passage, cela contribue à améliorer votre bien-être au quotidien…

A l’heure où je termine cet article, la pandémie de coronavirus « Covid-19 » fait rage et de nombreux pays, et une bonne partie des pays européens, dont la France, ont pris des mesures de confinement de leur population. Bien entendu, l’urgence est d’endiguer cette pandémie, et les gestes barrière promus par les autorités sont, dans cette optique, incontournables. Il est toutefois permis de s’interroger sur les fragilités de nos sociétés « riches » révélées par ce virus, et sur ce qu’il conviendrait de faire collectivement, une fois sortis du confinement, et à titre individuel, dès maintenant.

1 - Notre société est fragile sur le plan sanitaire

A. Quel est l’état de santé des Français ?

La majorité des morts du coronavirus souffraient au préalable de pathologies plus ou moins lourdes, et notamment de maladies chroniques. Cela explique que les personnes âgées aient payé un lourd tribut à l’épidémie en termes de mortalité, car elles sont les plus concernées par ces pathologies, même si elles ne sont pas les seules.

Une maladie chronique, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), est une affection de longue durée qui évolue, la plupart du temps, lentement. Elle peut s’accompagner d’incapacités et a un impact sur la vie quotidienne des patients. L’Assistance publique des hôpitaux de Paris nous indique : « En France, 20 millions de patients souffrent de maladies chroniques. (…) Ces maladies entraînent souvent une détérioration de la qualité de vie des patients. Elles sont à l’origine de nombreuses complications graves, d’invalidités et de souffrances physiques et morales »(1). Selon l’OMS, il s’agirait même de la toute première cause de mortalité dans le monde (2).

Cette expression de maladie chronique recouvre des pathologies variées, comme la maladie de Parkinson, le diabète, l’asthme, l’épilepsie, l’hypertension sévère, l’accident vasculaire cérébral ou encore la mucoviscidose, les insuffisances cardiaque et rénale, la polyarthrite rhumatoïde, la sclérose en plaques (2) et le cancer (liste non exhaustive).

Les décès en France du fait de ces maladies sont nombreux : le cancer et les maladies cardiovasculaires représentent à eux seuls plus de 57 % des décès chaque année, soit près de 343 000 personnes par an (les décès en France s’élevant à environ 600 000 / an)(3).

Toutefois, ce concept de maladie chronique est intrigant pour un naturopathe, qui sait que l’organisme est conçu pour pouvoir se réparer grâce à l’autoguérison opérée par l’énergie vitale. La vie, c’est fondamentalement la santé, sous réserve que l’organisme bénéficie de bonnes conditions de fonctionnement. Et cette réserve n’est bien entendu pas un détail…

Si nous répondions à nos besoins fondamentaux et tenions compte des signaux envoyés par notre corps, que nous appelons symptômes, nous pourrions accompagner notre force vitale pour prévenir, le plus souvent, et guérir, ponctuellement, les maladies.

Prenons un exemple concret : la fatigue permanente indique que l’organisme a du mal à suivre le rythme de vie imposé dans les conditions de vie existantes. Même si la fatigue n’a pas les mêmes causes chez tout le monde, il y a toujours un ou plusieurs leviers qu’on peut actionner pour la réduire : organisation du quotidien (notamment dosage du travail et du repos), alimentation, sommeil (notamment heure du coucher), activité physique (suffisante mais pas excessive, à doser de façon individuelle), travail sur le stress, les croyances et les émotions, etc.

La personne qui ne change rien à son mode de vie alors qu’elle est « tout le temps » fatiguée s’expose non seulement, à terme, à l’épuisement chronique, mais aussi à de nombreux autres problèmes : troubles du sommeil et de la digestion, vieillissement prématuré, surpoids et obésité, diabète de type 2, dépression, maladies cardiovasculaires, etc.

On retrouve dans les risques liés à la fatigue non prise en compte, et ce n’est pas un hasard, de nombreuses pathologies dites chroniques…

De façon plus générale, ces maladies chroniques sont révélatrices de ce qu’on appelle en naturopathie l’état du terrain. Le terrain est constitué des liquides de l’organisme (sang, lymphe, liquides à l’intérieur et autour des cellules) et des systèmes hormonal et nerveux, supports de l’énergie vitale. Et la prévalence des maladies chroniques signale que cet état, à l’échelle du pays, n’est pas bon…Heureusement, on peut toujours l’améliorer, à l’échelle de l’individu, avec des choix de vie éclairés.

C’est la persistance de comportements inappropriés qui fait perdurer les symptômes. Dans la majorité des cas, des changements de mode de vie peuvent avoir un impact majeur sur les symptômes et la qualité de vie. En cas de pathologie chronique, il est bien entendu important de se faire accompagner par un professionnel de santé, parallèlement, le cas échéant, à un suivi par un naturopathe vitaliste ou autre professionnel alternatif. Je crois qu’à l’avenir, l’alliance des deux approches sera indispensable, notamment dans le cas des maladies dites chroniques, dans une optique d’amélioration de la qualité de vie et de la résistance des personnes.

B. Où en est la politique de santé publique ?

Dans la situation actuelle de pandémie au Covid-19 (ou SARS-CoV-2), les autorités font ce qu’il faut pour préserver un système « de santé » conçu pour s’occuper de « gérer » les maladies. Et c’est nécessaire, bien entendu, car les personnels soignants des hôpitaux étaient déjà dans une situation difficile avant la crise ; cette dernière révèle à quel point ils sont motivés pour faire face, avec les moyens qui sont les leurs, à la pandémie. Elle révèle leur professionnalisme et leur courage.

Mais force est de constater que nous sommes dans la réaction plutôt que dans l’action. On ne se préoccupe des gens que lorsqu’ils sont malades ou ont été en contact avec des personnes ayant déclaré les symptômes de la maladie.

En France, environ 10 milliards d’€/an sont consacrés à la prévention sanitaire selon une communication de la Cour des comptes à l’Assemblée nationale datant d’octobre 20111 (4). Le total du budget de l’assurance-maladie est de 205,6 milliards d’euros en 20202 (5). Un rapide calcul nous montre que la prévention sanitaire représente moins de 5 % du budget de l’assurance‑maladie. Et même si le montant avait doublé depuis 2011, on serait encore à moins de 10 %…

Et cela, alors qu’une confusion est souvent faite entre dépistage et prévention, qui sont pourtant deux concepts distincts, et qu’une partie de ce budget « prévention » concerne probablement des mesures de dépistage. Une mammographie, par exemple, n’est pas un acte de prévention, mais de dépistage : cela suppose que la maladie est déjà là et qu’on souhaite la détecter au plus tôt, ce qui est louable, bien entendu. Une mesure de prévention vise quant à elle à mettre des chances supplémentaires de son côté pour empêcher la maladie de se manifester, ce qui est différent. Dans le cas du cancer, par exemple, ce serait arrêter de fumer, pour une personne qui fume, puisqu’on sait que le tabagisme favorise de nombreux cancers.

Côté prévention, notre « système de santé » est passablement désarmé, et l’accent est mis davantage sur la lutte contre les symptômes que sur l’éducation à la santé et les mesures qui permettraient d’empêcher les pathologies.

2 - Comment reprendre sa vitalité en mains et devenir autonome

A. Dans quel monde voulons-nous vivre ?

La première question à se poser est : dans quel monde voulons-nous vivre ? Un monde de peur ou un monde de sérénité ?

Dans le monde de la peur, les déplacements sont limités, on ne se serre plus la main, on ne se fait plus de bises ni de câlins, on télétravaille chaque fois que c’est possible, on vit le plus possible « sous cloche », en intérieur et sans contact physique avec les autres, etc. Einstein a écrit : « Je crains le jour où la technologie remplacera les interactions humaines. Nous aurons alors créé une génération d’idiots. » J’espère que ce monde n’est pas en train de se rapprocher de nous…

De plus, c’est paradoxal, car le pire ennemi du système immunitaire est … la peur, comme l’a montré une recherche conjointe Inserm / CNRS / Aix-Marseille Université, dont les résultats ont été publiés dans le « Journal of Experimental Medicine »(6).1 Et les contacts affectueux, y compris physiques, facilitent au contraire son bon fonctionnement, comme l’illustre avec talent la dessinatrice Art-mella (7) en nous racontant comment cela a été découvert « par hasard » lors d’une expérience scientifique avec des lapins. Enfin, il ressort des recherches menées aux États-Unis dans le cadre du « projet microbiote humain »(8) que la diversité des micro-organismes présents dans notre organisme (et notamment dans nos intestins), associée à une meilleure santé, est proportionnelle au temps diurne passé dehors. Autrement dit, plus on passe de temps à l’extérieur en journée, plus on a une flore intestinale variée, et meilleure est notre santé !

En plus de supprimer ou limiter bon nombre de plaisirs de la vie, les mesures « de protection » prises dans le monde de la peur sont de nature à affaiblir (entre autres) notre système immunitaire.

De plus, les conséquences économiques de tels choix sont majeures, car il existe de nombreuses expériences qu’on ne peut pas faire devant un écran : entre autres, les visites dans les boîtes de nuit, cafés et restaurants, les lieux dédiés au sport et au bien-être comme les clubs de sport, coiffeurs, esthéticiennes, spas, hammams, saunas, masseurs, kinésithérapeutes, ostéopathes, etc., et bien entendu l’expérience de la nature (jardins, parcs, forêts, etc.) ne peuvent pas être dématérialisés ! D’autres expériences peuvent l’être, mais voir une pièce de théâtre sur un écran chez soi, même si c’est mieux que rien, n’a que peu de rapport avec une soirée au théâtre en bonne compagnie ! Le monde de la peur rend compliquées toutes ces activités, qui sont d’ailleurs pour la plupart à l’arrêt en France à l’heure où j’écris ces lignes.

L’INSEE a évalué fin mars 2020 que l’activité économique de la France confinée était à environ 65 % de la normale (9). Je pense que l’activité économique doit être profondément réorientée pour des raisons écologiques et sanitaires, mais l’arrêt souhaitable de certaines activités doit être progressif et organisé pour éviter les dégâts sociaux considérables auxquels nous risquons d’assister prochainement, et doit s’accompagner parallèlement du développement d’autres secteurs (l’agriculture biologique et les professions liées aux soins de la personne, entre autres) qui facilitera les reconversions.

Cette pause brutale de certaines activités, si elle nous fait sentir la nécessité du changement, s’apparente davantage à une gifle qu’à un encouragement… en avions-nous besoin pour commencer à comprendre le message ? A chacun sa réponse…

Dans le monde de la sérénité, on respecte la vie, on organise une société qui permet à chacun de répondre à ses besoins fondamentaux (en termes d’alimentation, activité, repos, relations, etc.), on prend soin de sa vitalité tout au long de l’année, et on sait qu’on a un système immunitaire capable de faire face à de nombreux virus ou bactéries pathogènes. Ça tombe bien, parce qu’il en existe des milliards dans la nature, vivants donc en perpétuelle évolution (mutations virales et bactériennes, etc.). Autant dire que la course aux médicaments et vaccins est perdue d’avance ! Je ne veux pas dire par là qu’il faut renoncer à la recherche, mais qu’il faut parallèlement investir davantage sur la prévention.

Sur le plan économique, dans le monde de la sérénité, on utilise l’argent public pour accompagner les nécessaires mutations des entreprises vers des activités et modes de production écologiques et durables, et les reconversions des personnes vers les métiers en développement, afin de construire une économie au bénéfice de tous.

B. La médecine du futur allie les différentes approches existantes au bénéfice des personnes

Pierre-Valentin Marchesseau, qui a synthétisé les connaissances devenues « la naturopathie française », expliquait qu’en présence d’une personne en détresse dans l’eau, il faut lui envoyer immédiatement une bouée pour la sauver de la noyade, et qu’une fois qu’elle a pu être ramenée sur la terre ferme et qu’elle s’est remise de ses émotions, il est utile de lui proposer d’apprendre à nager, pour éviter que la situation ne se répète. Il indiquait qu’on peut comparer la bouée à l’allopathie, particulièrement performante en situation d’urgence, et les cours de natation à la naturopathie, plus axée sur la prévention.

Cette image n’est-elle pas parlante ? Le SARS-CoV2 ou Covid-19 a mis en évidence la difficulté de faire face à des urgences si elles concernent des dizaines de milliers de personnes en même temps. Nos systèmes « de santé » peuvent difficilement s’équiper de machines lourdes et chères (10) comme les fameux respirateurs dont nous avons beaucoup entendu parler, en nombre important, sachant que certains ne serviront qu’une partie du temps (on peut espérer ne pas vivre en période de pandémie toute l’année…).

La prévention, pour limiter le nombre de personnes atteintes de formes sévères de la pathologie, s’avère donc indispensable. C’est ce à quoi appelle la tribune signée par Yves Daniel, député de la 6ème circonscription de Loire-Atlantique et Paul Molac, député du Morbihan, qui interrogent les spécialistes de l’homéopathie(11). Les docteurs Daniel Scimeca et Dominique Eraud, médecins homéopathes, ont répondu et soulignent dans cette tribune que « Les systèmes de santé ne seront jamais prémunis totalement contre tous les virus et même si les mesures qu’ils prennent sont adaptées, la meilleure défense reste la prévention (…) Les médecines alternatives ont ici toute leur place. » Dans la suite de la tribune, ils appellent à explorer davantage, par des études scientifiques, les effets des médecines complémentaires, dont ils préconisent l’usage en prévention (quand aucun symptôme n’est déclaré) et en complément à la médecine allopathique quand des symptômes sont apparus.

François Couplan, grand spécialiste des plantes sauvages, rappelle également dans un article publié début avril 2020 sur son site internet et intitulé « Les plantes et le virus »,(12) « qu’un organisme doué d’un système immunitaire en bon état résiste mieux à l’agression de virus même extrêmement contagieux. » Il s’interroge sur les « raisons économiques et culturelles qui font préférer le développement d’un vaccin à celui de notre propre système immunitaire », et je partage cette interrogation. C’est un peu, pour employer une métaphore militaire, comme si un pays agressé par un autre attendait qu’un troisième vienne larguer des bombes sur son territoire afin de tenter d’éliminer son adversaire, plutôt que de mobiliser sa propre armée…

En naturopathie, la santé est défi, au-delà de l’absence de symptômes, comme un bien‑être stable dans tous les domaines (physique, émotionnel et mental). Cela implique sans attendre que des symptômes se manifestent, que l’on raisonne sur l’hygiène de vie pour entretenir la vitalité et l’efficacité du système immunitaire.

C’est pourquoi il est pertinent de rendre visite à un naturopathe aussi lorsqu’on est en bonne santé, afin d’optimiser son mode de vie pour faire perdurer sa vitalité. Dans ce cadre, le naturopathe examinera avec la personne venue le voir son mode de vie et ses difficultés, le cas échéant, afin de formuler des recommandations personnalisées.

On peut aussi formuler quelques recommandations générales, à adapter à chacun, qui seraient utiles dans une perspective de renforcement de la vitalité et du système immunitaire de tout un chacun. Cela permettrait de diminuer le nombre de cas graves (et donc d’hospitalisations et de décès) lors de la prochaine pandémie :

  •  la première priorité serait de faire diminuer la consommation de tabac (73 000 morts / an en France, d’après une estimation effectuée par Catherine Hill, directrice du service d’épidémiologie des cancers de l’Institut Gustave Roussy et publiée dans la Revue du praticien) et d’alcool, (49 000 morts / an en France, d’après une estimation de l’Institut Gustave Roussy) tout en accompagnant les travailleurs de ces secteurs vers une reconversion ;
  • la deuxième concernerait la frugalité : beaucoup de maladies chroniques étant liées à la suralimentation, nous avons tous intérêt à découvrir par nous-même à quel point une alimentation de qualité ne nécessite pas de grandes quantités. François Couplan a écrit, dans le même texte cité plus haut (« Les plantes et le virus »), qu’il a la possibilité de cueillir des plantes sauvages en bas de chez lui : « Grâce à ces tendres végétaux, je me nourris simplement, mais de façon agréable » ; je pense qu’il nous trace le chemin à suivre… ;

Dans ce cadre, promouvoir la consommation de fruits et légumes biologiques ou autoproduits de façon écologique (pour ceux qui ont un jardin) est incontournable, car ils sont la base d’une alimentation riche en micronutriments protecteurs pour l’ensemble des cellules de l’organisme, et indispensables, entre autres, à un système immunitaire musclé. Le maraîchage et l’arboriculture locaux et écologiques pourraient, dans une dynamique de développement de la consommation des fruits et légumes, contribuer à la fois à la santé publique, à la préservation de la nature et à la création d’emplois non délocalisables. Qui dit mieux ?

En conclusion

Ce n’est pas uniquement quand il y a maladie ou « crise sanitaire » qu’il faut s’occuper de sa vitalité et de son immunité, mais toute l’année ! Et ce, tant au niveau individuel que collectif. Nous avons beaucoup à gagner, en termes économiques, sociaux et aussi en termes de qualité de vie, à faire des choix orientés vers la prévention et l’harmonie avec la nature.

Je pense pour ma part que ce virus nous interroge, en s’attaquant prioritairement aux poumons, sur notre capacité de continuer à « respirer la vie » dans la société que nous avons construite…et j’espère de tout mon cœur que ce questionnement permettra l’émergence d’un monde nouveau !

Références

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