CHAPITRE 2 / définir le cadre de son activité
COURS 2.2 / Travailler à son domicile
Nous abordons dans ce cours l’hypothèse d’un exercice du métier de praticien dans son propre domicile, par l’aménagement d’un salon / cabinet de massage « à la maison ». Nous allons aborder les avantages et inconvénients, mais aussi le cadre réglementaire de cet environnement de travail.
Que les praticiens œuvrant essentiellement en entreprise ne s’inquiètent pas, ce cadre d’activité spécifique sera développé un peu plus loin dans la formation.
1 - Les pré-requis pour travailler à son domicile
Il y a des pré-requis à respecter lorsque l’on souhaite travailler à son domicile, hormis bien entendu le fait de disposer d’un espace aménageable 😉
Un aménagement de qualité professionnelle
Le premier pré-requis est qualitatif : l’accessibilité et l’aménagement doivent permettre d’assurer une qualité d’accueil et de prestation aussi élevée qu’en local professionnel. Cela implique notamment que votre client doit vous trouver facilement, se stationner sans trop de difficultés, accéder directement à votre cabinet (c’est-à-dire sans devoir faire le tour du jardin, passer par la cuisine et prendre l’escalier en colimaçon), profiter d’un espace dédié suffisamment grand, naturellement éclairé, bien chauffé et au calme.
C’est le minimum «syndical» que vous devez à votre clientèle. Si ce cadre professionnel n’est pas réalisable, je ne peux que vous conseiller de vous tourner vers un local commercial en dehors de chez vous.
La législation française sur l’exercice d’une activité à son domicile
La législation française autorise, sous certaines conditions, l’entrepreneur à exercer son activité à son domicile, qu’il soit locataire ou copropriétaire. Les règles diffèrent selon la localisation du domicile. Elles s’appliquent à toutes les entreprises, qu’elles soient constituées sous la forme d’entreprise individuelle ou de société.
- Dans les villes de moins de 200 000 habitants et dans les Zones franches urbaines (ZFU) – Territoires entrepreneurs (TE).
L’entrepreneur peut exercer son activité professionnelle chez lui, dès l’instant où aucune disposition contractuelle ou législative ne s’y oppose. Ex : clause du bail ou du règlement de copropriété interdisant l’exercice d’une activité professionnelle dans le local.
- Dans les villes de plus de 200 000 habitants, et départements des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne
L’exercice d’une activité professionnelle à son domicile entraîne un changement d’usage des locaux, qui sont initialement à usage d’habitation. ce changement est soumis à une autorisation préalable qui est délivrée par le maire de la commune. Cette autorisation est délivrée quelle que soit l’activité professionnelle, même commerciale, si les conditions suivantes sont réunies :
- aucune disposition du bail ou du règlement de copropriété ne s’y oppose,
- il s’agit de sa résidence principale,
- l’exercice de l’activité n’occasionne pas de nuisances ou de danger pour le voisinage, ou ne conduit pas à un désordre pour l’immeuble.
- Un cas particulier existe pour le domicile situé dans une HLM :
- cette procédure n’est pas ouverte au dirigeant exerçant une activité commerciale,
- elle nécessite de recueillir l’avis de l’organisme gérant d’HLM. En l’absence de réponse dans un délai d’un mois, la réponse est réputée favorable.
- Un autre cas particulier existe si le logement est situé au rez-de-chaussée (hors HLM). Dans ce cas, l’exercice d’une activité est possible si :
- aucune disposition du bail ou du règlement de copropriété ne s’y oppose,
- il s’agit de sa résidence principale,
- l’activité est exercée par les occupants du logement,
- l’exercice de l’activité ne doit pas occasionner de nuisances ou de danger pour le voisinage, ou conduire à un désordre pour l’immeuble.
Le respect du règlement de copropriété
Vous êtes propriétaire ou locataire d’un appartement en copropriété. Si vous êtes locataire, prenez contact avec votre propriétaire ; ce dernier doit rendre compte à la copropriété sur l’usage fait de son appartement. C’est obligatoire !
- Si le règlement de copropriété mentionne la clause “habitation bourgeoise” (la majorité des cas) : les professions non commerciales ou libérales sont tolérées à condition que les activités respectent la loi du 21 décembre 1984, à savoir qu’elles ne soient ni bruyantes, ni polluantes.
- Si ce règlement mentionne la clause “habitation bourgeoise exclusive”: toute activité est interdite.
Personne n’a le droit de s’opposer à une activité discrète, à plus forte raison si vous ne recevez que quelques personnes par semaine. Par contre, si celle-ci suppose des allées et venues fréquentes, il vous faut obtenir l’autorisation de l’assemblée des copropriétaires en écrivant au syndic, ou en passant par votre propriétaire si vous êtes locataire (lettre recommandée en prenant soin de garder le double plus le récépissé).
Si vous devez procéder à des travaux rendus nécessaires par l’installation de votre matériel, il vous faut obtenir, là aussi, l’accord préalable du propriétaire.
Durée
Les travailleurs indépendants à domicile, les entrepreneurs individuels, les professions libérales peuvent travailler à leur domicile aussi longtemps qu’ils le désirent.
Par contre, si vous évoluez vers une société, une S.A.R.L. par exemple, le siège social ne peut être maintenu à domicile qu’à une durée limite de 5 ans. Au delà, votre entreprise doit posséder un bail commercial ou établir son siège dans une société de domiciliation.
la Loi d’accessibilité pour les personnes handicapées
Depuis la loi de 2005 concernant l’accessibilité des Établissements Recevant du Public (ERP), la question se pose de la mise aux normes de ce type d’établissement, et plus globalement des locaux utilisés par les professions libérales.
Je souhaite pouvoir accueillir des clients dans une pièce de mon appartement. Quelles sont mes obligations quant à l’accessibilité ?
Le 2e alinéa de l’article R. 111-1-1 du code de la construction et de l’habitation nous dit que : « Constituent des bâtiments d’habitation au sens du présent chapitre les bâtiments ou parties de bâtiment abritant un ou plusieurs logements, y compris les foyers, tels que les foyers de jeunes travailleurs et les foyers pour personnes âgées, à l’exclusion des locaux destinés à la vie professionnelle lorsque celle-ci ne s’exerce pas au moins partiellement dans le même ensemble de pièces que la vie familiale* et des locaux auxquels s’appliquent les articles R. 123-1 à R. 123-55 et R. 152-4 et R. 152-5. »
Donc, quand l’activité professionnelle s’exerce dans le même ensemble de pièces que la vie familiale, les locaux occupés par des professions libérales ne sont pas des établissements recevant du public. Dans ce cas, les normes d’accessibilité correspondantes aux ERP ne sont pas applicables.
Dans tous les autres cas, ces locaux sont considérés comme des établissements recevant du public. Nous aborderons en détails la Loi d’accessibilité dans le prochain cours.
* Que faut-il entendre par « ensemble de pièces que la vie familiale » ? Cela correspond à un logement d’habitation occupé par la vie familiale et pas entièrement dédié à votre activité. En général, une habitation comprend, d’une part, des pièces principales destinées au séjour, au sommeil (des chambres) et, d’autre part, des pièces de service, telles que cuisine, salle d’eau, toilettes, etc. En résumé, si vous exercez votre activité dans votre salon, alors vos locaux ne sont pas un ERP.
2 - Les avantages à travailler chez soi
Le principal avantage de l’installation à domicile est, bien entendu, l’absence de bail commercial ou professionnel, et donc, l’absence de loyer supplémentaire et autres soucis locatifs.
Il y a néanmoins des frais d’aménagement à prévoir ainsi qu’un minimum de signalétique, comme une plaque sur la rue, mais aussi peut-être une sonnette dédiée à l’activité.
Autre avantage notable : pas de frais de déplacement et pas de perte de temps dans les transports, que ce soit pour rejoindre un cabinet extérieur ou aller au domicile de la clientèle. Les clients viennent à vous, que du bonheur !
L’accueil à domicile permet également de mettre en avant une approche plus authentique, plus conviviale, moins commerciale du métier. Je vous invite à valoriser un accueil plus personnalisé, plus « VIP » que dans un cabinet professionnel, surtout si la salle de massage a du cachet, une décoration travaillée et qualitative et si vous organisez un accueil convivial, une boisson partagée…
3 - Les inconvénients
Il y a incontestablement des avantages mais aussi des contraintes associées à un exercice à son propre domicile.
Mélanger sa vie professionnelle et sa vie personnelle
Travailler à son domicile signifie que vous allez communiquer votre propre adresse à vos clients. Il se pourrait qu’un jour, un dimanche matin par exemple, Madame Henry vienne prendre rendez-vous à l’improviste, parce «quelle passait par là» et que «c’est bien plus pratique, n’est ce pas…».
Travailler à la maison, cela veut dire aussi qu’il vous faut contrôler les dérangements éventuels, occasionnés par vos proches : « Chéri, tu peux baisser un peu la télé !? »… Sans parler de la sonnette, du téléphone, des gamins qui jouent, du scooter du grand, du voisin qui tond…
D’autant plus que vos proches pourraient avoir du mal à comprendre quand vous travaillez et quand vous ne travaillez pas : « Mon amour… ah bonjour madame, ne vous dérangez pas, dis mon amour je prépare quoi à manger aux enfants ce soir ? »
Il va de soi que cet aspect personnel de votre quotidien professionnel doit être invisible pour votre clientèle !
Votre image de professionnel(le) est amoindrie
Comme on l’a vu précédemment, c’est à vous de valoriser les avantages de votre domiciliation: accueil « VIP », convivialité, etc… Néanmoins, malgré tous vos efforts, il se peut que les habituées des salons d’esthétique très « pro », très soignés, dans l’hyper-centre, pourraient rechigner à venir vous voir.
D’autres peuvent penser que si vous travaillez chez vous, c’est que vous n’êtes pas capable de vous payer un local professionnel… ce qui peut vouloir dire que vous n’êtes pas très professionnel(le)… Il est clair que vous ne contenterez pas tout le monde.
La Cotisation foncière des entreprises
La CFE est un impôt local qui pèse sur les entreprises. La CFE se base sur la valeur locative des biens immobiliers utilisés par l’entreprise pour les besoins de son activité professionnelle, que l’entreprise soit propriétaire ou locataire. L’entrepreneur paiera autant de fois la CFE que de locaux qu’il utilise.
Domicilier son entreprise chez soi sera alors peu avantageux dans le cas où il sera nécessaire de louer d’autres locaux professionnels parallèlement (bureau, autre cabinet de massage, etc.) : en effet dans ce cas, l’entrepreneur payer deux fois la CFE…
Autres inconvénients
Le risque de » s’endormir sur ses lauriers »: payer un loyer pour un local pro chaque mois est très incitatif pour booster sa motivation au travail!… Attention donc au confort financier du travail à domicile, il pourrait vous donner un petit rythme de croisière tranquille-pépère à finir endormi dans les lauriers justement!
Prenez aussi en compte les aspects matériels et pratiques qui pourraient décourager une clientèle potentielle. Votre logement est-il facile d’accès ? Est-il desservi par les transports en commun ? Peut-on se garer facilement ?… Ces petits riens peuvent faire préférer un autre praticien, pas meilleur masseur mais mieux situé.
Enfin et pour finir, ce n’est pas parce que vous êtes chez vous que vous ne devez pas assurer votre local. Il y a donc des petits frais locatifs à envisager. Mais de cela, nous en discuterons lors d’un chapitre ultérieur.
4 - Autres solutions pour domicilier son entreprise
Vous ne souhaitez pas, ou ne pouvez pas, ni domicilier votre entreprise chez vous ni louer un cabinet. Quelles solutions de domiciliation s’offrent à vous ?
Chez ses parents
Si la résidence des parents correspond à la résidence principale de l’entrepreneur, il est tout à fait possible d’y domicilier l’entreprise, sauf s’il existe des dispositions législatives ou contractuelles l’interdisant. Par contre, si l’entrepreneur ne réside pas effectivement chez ses parents, la domiciliation à leur adresse est interdite.
Chez un tiers ou un particulier sans lien familial
Domicilier son activité chez un tiers est interdit, sauf si ce dernier est enregistré comme domiciliataire professionnel (société de domiciliation, voir plus bas).
La société de domiciliation
Un entrepreneur a le droit de domicilier son entreprise au sein d’une société spécialisée en domiciliation, agréée par le Préfet et immatriculée comme telle au RCS (Registre du commerce et des sociétés). Un dossier spécifique est à constituer pour obtenir l’agrément.
Un contrat de domiciliation en bonne et due forme devra être produit par l’entrepreneur lors de sa déclaration d’activité. Le contrat de domiciliation est conclu pour une durée minimale de 3 mois renouvelables par tacite reconduction.
La loi encadre précisément les modalités de la domiciliation d’une entreprise au sein d’une société de domiciliation : obligation de mettre à disposition des bureaux respectant la confidentialité, obligation pour le domiciliataire de disposer d’un registre des sociétés domiciliées, obligation de déclarer au registre du commerce la résiliation de tout contrat de domiciliation, etc.
La pépinière d’entreprise
Il est possible de domicilier son entreprise en pépinière d’entreprises.
Dans un local sous-loué à une autre entreprise
En principe, la sous-location d’un local commercial est interdite, sauf clauses particulières du contrat de bail. En pratique, le locataire qui souhaite sous-louer à l’entrepreneur doit en demander l’autorisation à son propriétaire, par lettre recommandée avec accusé de réception. La sous-location permet à l’entrepreneur de se domicilier dans les locaux du locataire principal. Un acte de sous-location doit être rédigé et signé par les trois parties : bailleur, locataire, et sous-locataire.
Faut-il payer la CFE dans le cas d’une sous-location ou d’un partage de locaux entre professionnels ?
Dans ce cas, c’est le titulaire du droit sur le local (l’exploitant-propriétaire ou le titulaire du contrat de bail) qui est redevable de la CFE sur le local. Cependant, si chacune des deux entités (par exemple deux professionnels) a l’usage d’une partie du local, il conviendra de répartir la valeur locative du local : soit au prorata des m² occupés par chacune, soit au prorata des charges payées par chacune. Chacune doit déclarer sa quote-part, et payer la CFE en conséquence.