Se former tout au long de sa carrière, oui. Mais se former à quoi, pourquoi et pour en faire quoi ?
Dans les métiers du bien-être et de l’accompagnement, se former est généralement perçu comme une évidence. On commence par apprendre une technique, puis une deuxième. On découvre une spécialisation intéressante, un nouveau protocole, une approche complémentaire… et la liste peut rapidement s’allonger.
Cette curiosité est précieuse. Elle permet d’évoluer, de renouveler sa pratique et parfois de retrouver de l’enthousiasme. Mais après quelques années, une question mérite d’être posée :
Est-ce vraiment une nouvelle technique qui me permettra aujourd’hui de devenir un meilleur praticien ?
Car suivre des formations et progresser professionnellement ne sont pas exactement la même chose. Avec l’expérience, le développement professionnel peut aussi consister à approfondir ce que l’on sait déjà faire, analyser sa pratique, améliorer sa relation avec ses clients, travailler son positionnement, mieux connaître un public, apprendre à gérer son activité ou échanger avec d’autres professionnels.
La formation reste essentielle. Mais elle devient d’autant plus utile qu’elle répond à un besoin identifié.
Objectif : prendre du recul sur votre stratégie de formation continue, distinguer acquisition de nouvelles techniques et développement professionnel, identifier vos véritables besoins de progression.
Public : tous les praticiens installés depuis quelques années, ou dont l'activité commence à se stabiliser.
Plus de techniques ne signifie pas nécessairement plus d'expertise
Imaginez deux praticiens. Le premier maîtrise quinze techniques qu’il pratique occasionnellement. Le second en maîtrise quatre, mais les pratique depuis plusieurs années, les adapte avec finesse aux personnes qu’il reçoit, analyse ses difficultés et connaît parfaitement les limites de son intervention. Lequel est le plus expert ? La réponse n’est évidemment pas contenue dans le nombre de lignes affichées sur leur CV.
Les recherches consacrées à l’expertise professionnelle montrent que l’ancienneté ou l’accumulation de connaissances ne suffisent pas non plus à produire automatiquement de l’expertise. La progression dépend notamment de la pratique, du retour obtenu sur celle-ci et de la capacité à ajuster progressivement son comportement.
Au début d’une carrière, on apprend beaucoup de choses nouvelles.
Plus tard, progresser consiste souvent à mieux utiliser ce que l’on sait déjà.
Ce changement de perspective peut transformer complètement votre façon de choisir vos formations.
Une compétence s'apprend aussi entre deux formations.
Nous avons tendance à associer apprentissage et formation. Pourtant, une grande partie du développement professionnel se déroule ailleurs. Vous pouvez progresser en :
- analysant une séance qui vous a mis en difficulté ;
- demandant un retour à un confrère ;
- observant un praticien expérimenté ;
- participant à un groupe d’échange de pratiques ;
- reprenant vos notes quelques mois après une formation ;
- lisant un ouvrage professionnel ;
- travaillant votre ergonomie ;
- interrogeant vos clients sur leur expérience ;
- tenant un journal de pratique ;
- participant à une supervision ou une intervision.
Autrement dit :
Votre cabinet peut lui aussi devenir un lieu de formation.
À condition de ne pas simplement enchaîner les rendez-vous. Prendre régulièrement quelques minutes pour se demander “Qu’est-ce qui a bien fonctionné ? Qu’est-ce qui m’a posé problème ? Qu’est-ce que je voudrais mieux savoir faire ?” transforme progressivement l’expérience en apprentissage.
C’est ce que les sciences de l’éducation et plusieurs professions d’accompagnement désignent notamment sous le terme de pratique réflexive.
Le vrai enjeu : transformer une formation en compétence.
Vous avez certainement déjà vécu cette situation. Vous revenez d’une formation enthousiasmé. Vous avez appris beaucoup de choses, pris des pages de notes et découvert de nouveaux outils. Puis vous reprenez votre activité. Les rendez-vous s’enchaînent. Trois mois plus tard, vous utilisez peut-être 20 % de ce que vous aviez appris.
Ce phénomène est bien connu dans la recherche sur la formation : acquérir une connaissance ne garantit pas son transfert dans la pratique professionnelle. Ce qui compte se passe donc aussi après la formation.
Il faut pouvoir expérimenter, répéter, obtenir du feedback, corriger, recommencer et intégrer progressivement l’apprentissage à sa manière de travailler.
Une formation que vous utilisez réellement pendant dix ans peut ainsi avoir beaucoup plus de valeur que cinq formations dont vous n’exploitez qu’une petite partie.
Parfois, la prochaine compétence dont vous avez besoin n'est pas technique...
Lorsque vous débutez, vos besoins sont naturellement très techniques. Puis d’autres difficultés apparaissent :
- Vous maîtrisez vos prestations… mais vous avez du mal à expliquer ce que vous faites.
- Vous obtenez des clients… mais ils reviennent insuffisamment.
- Votre agenda se remplit… mais votre activité reste peu rentable.
- Vous êtes apprécié… mais vous n’osez pas augmenter vos tarifs.
- Vous travaillez beaucoup… mais votre organisation vous épuise.
Dans ces situations, apprendre une nouvelle technique ne résoudra probablement pas le problème.
La prochaine compétence à développer peut concerner : la communication, la relation client, l’écoute, le positionnement, la gestion, la tarification, la vente, le numérique, le droit, la gestion du temps, le développement commercial ou encore la prévention de l’usure professionnelle.
Plus votre activité mûrit, plus votre développement professionnel dépasse la seule maîtrise technique de votre métier.
Se spécialiser ou rester polyvalent ?
Un praticien peut parfaitement construire une activité cohérente en disposant de plusieurs techniques complémentaires. Un autre peut développer une expertise beaucoup plus spécialisée autour d’une clientèle, d’un contexte ou d’un besoin particulier.
Le véritable problème apparaît plutôt lorsque l’accumulation finit par rendre l’activité illisible.
Par exemple : massage californien, suédois, ayurvédique, balinais, réflexologie, sophrologie, sonothérapie, aromathérapie, relaxation, méditation… Pour le praticien, cette liste raconte un parcours de formation. Pour le client, elle peut simplement provoquer une question : Qu’est-ce que je dois choisir ?
Votre parcours de formation doit donc également être regardé depuis l’extérieur. Une nouvelle compétence peut enrichir votre positionnement. Elle peut aussi le diluer.
Avant de vous inscrire : quel problème cette formation doit-elle résoudre ?
C’est peut-être la question la plus utile de cette fiche. Non pas : Cette formation est-elle intéressante ? Elle l’est probablement. Mais :
Qu’est-ce qui sera différent dans ma pratique ou mon activité lorsque je l’aurai suivie ?
Par exemple :
- “Plusieurs clientes enceintes me sollicitent et je ne me sens pas suffisamment compétente pour les recevoir.” Le besoin de formation est identifiable.
- “Je développe des prestations en entreprise et le massage assis compléterait parfaitement mon offre.” Il existe une cohérence stratégique.
- “Cette formation a l’air formidable et j’aimerais apprendre quelque chose de nouveau.” C’est une motivation parfaitement respectable également. Mais il faut alors accepter qu’il puisse s’agir avant tout d’un choix personnel et non d’un investissement nécessaire au développement de l’activité.
Cette distinction évite d’attendre de chaque formation un retour commercial qu’elle n’a jamais été conçue pour produire.
Une formation a aussi un coût invisible.
Le prix affiché n’est qu’une partie de son coût. Ajoutez éventuellement :
- les déplacements ;
- l’hébergement ;
- le matériel ;
- les journées pendant lesquelles vous ne recevez pas de clients ;
- le temps nécessaire pour pratiquer ;
- la communication nécessaire pour faire connaître la nouvelle prestation.
Une formation de 600€ peut ainsi représenter un investissement réel sensiblement supérieur. Cela ne signifie pas qu’elle ne doit pas être suivie.
Cela signifie simplement qu’à partir du moment où votre activité est installée, vos décisions de formation peuvent aussi devenir des décisions d’entrepreneur.
Et leur retour ne se mesure pas nécessairement uniquement en euros. Une formation peut améliorer votre confort de travail, votre confiance, la qualité de vos prestations, votre plaisir à exercer ou la longévité de votre carrière. Ce sont aussi de vrais bénéfices.
À chaque période professionnelle correspondent des apprentissages différents.
Votre stratégie de formation peut évoluer avec votre carrière.
Lorsque l'activité se développe : approfondir
L’expérience permet progressivement d’identifier les situations que l’on maîtrise moins bien. Les formations peuvent alors devenir beaucoup plus ciblées : spécialisation, perfectionnement, travail avec certains publics, ergonomie, relation client, développement commercial…
Avec l'expérience : faire évoluer son métier
Les questions changent encore. Comment préserver son corps ? Comment transmettre ? Comment diversifier son activité ? Comment accompagner l’évolution de sa clientèle ? Comment continuer à progresser alors que l’on maîtrise parfaitement les fondamentaux ?
À ce stade, mentorat, échanges entre pairs, analyse de pratiques, enseignement ou supervision peuvent parfois devenir aussi enrichissants qu’une nouvelle formation technique.
Et si vous faisiez votre bilan de compétences professionnel ?
Pas nécessairement un bilan de compétences au sens administratif du terme. Simplement un état des lieux. Imaginez quatre colonnes :
- Je maîtrise bien
- Je dois approfondir
- Il me manque cette compétence
- Cette compétence n’est pas nécessaire à mon projet
La quatrième colonne est probablement la plus importante, car construire son expertise consiste aussi à accepter que l’on n’a pas besoin de tout savoir faire.
Vous pouvez alors regarder successivement :
- vos compétences techniques ;
- vos compétences relationnelles ;
- vos compétences entrepreneuriales ;
- vos connaissances réglementaires ;
- votre communication ;
- votre organisation ;
- votre capacité à préserver votre équilibre professionnel.
Votre prochain besoin de formation apparaîtra peut-être là où vous ne l’attendiez pas !
8 questions avant de choisir votre prochaine formation
Avant de vous inscrire, posez-vous simplement ces questions :
- Pourquoi ai-je envie de suivre cette formation ?
- Quel besoin concret de ma pratique ou de mon activité va-t-elle résoudre ?
- Est-ce un besoin que je rencontre réellement ou que j’imagine rencontrer ?
- Cette nouvelle compétence renforce-t-elle mon positionnement ?
- Ai-je déjà suffisamment approfondi les compétences que je possède ?
- Une formation est-elle vraiment la meilleure manière de progresser sur ce point ?
- Quand et comment vais-je mettre ce nouvel apprentissage en pratique ?
- Dans six mois, qu’est-ce qui me permettra de dire que cette formation m’a été utile ?
Si vous avez des réponses précises, votre décision devient beaucoup plus simple.
Il ne s'agit surtout pas de moins se former.
Le message de cette fiche n’est certainement pas : Arrêtez de faire des formations. La curiosité, l’apprentissage et la remise en question sont des qualités essentielles dans une carrière professionnelle longue.
Il s’agit plutôt de passer progressivement d’une logique de catalogue de formations à une logique de développement professionnel :
- une année, votre priorité sera peut-être de vous perfectionner dans une technique ;
- une autre, d’améliorer votre communication ;
- puis de travailler avec un professionnel expérimenté sur votre pratique ;
- ou simplement de consacrer du temps à utiliser pleinement tout ce que vous avez déjà appris.
La question n’est donc plus : “Quelle formation pourrais-je faire cette année ?”, mais :
“Qu’est-ce qui me permettrait réellement de devenir meilleur dans mon métier cette année ?”
Et la réponse sera parfois une formation. Parfois non.
Les prochains pas... pour aller plus loin !