Le débat fait rage dans les médias et les familles : faut-il encore manger de la viande ? J’ajouterai que la même question se pose pour le poisson et les « fruits » de mer. J’ai du mal à utiliser le mot « fruit » dans ce cas, car nous parlons bel et bien d’animaux ! La langue française est parfois curieuse… Les arguments pour devenir végétarien sont nombreux. Au-delà du débat sur la santé, il s’agit d’une question qui a des répercussions dans de nombreux domaines. Si l’on se cantonne à celui de la santé, la naturopathie m’a conduite à apporter quelques nuances à ma façon de voir.
Naturopathie vegetarienne

Nathalie Mathieu

Nathalie Mathieu est hygiéniste naturopathe certifiée par l’école Dargère Univers. Elle est passionnée par la vie sous toutes ses formes, et plus précisément par la santé naturelle. Dans ses billets de blog, elle vous propose ses réflexions personnelles et des brins de son expérience sur ces sujets, et serait ravie de pouvoir échanger avec vous. Si au passage, cela contribue à améliorer votre bien-être au quotidien…

1 - Pourquoi devenir végétarien-ne

A. Santé

Il est communément admis que l’être humain est, d’un point de vue physiologique, omnivore. Or, notre physiologie, et notamment nos dents et notre tube digestif sont quasi-identiques à ceux des grands singes qui sont des… frugivores (1). Dans leur milieu naturel, ils mangent essentiellement des fruits, des feuilles vertes et quelques insectes (notamment des termites).
Je suis pour ma part convaincue que l’être humain est par nature frugivore. D’autres signes le démontrent, notamment le fait que le foie peut stocker pendant environ 4 ans de la vitamine B12, seule vitamine qui provient dans l’alimentation courante exclusivement des produits animaux. Nous sommes conçus pour ne pas en avoir besoin souvent, c’est le moins qu’on puisse dire !
Encore ai-je un doute sur la capacité des intestins humains à la fabriquer eux-mêmes si leurs conditions de travail sont correctes, ce qui rendrait totalement inutile la consommation humaine de produits animaux. La vitamine B 12 est en effet produite par des bactéries, et nos intestins en contiennent naturellement, c’est ce qu’on appelle le microbiote. De plus, l’essentiel de la vitamine B 12 produite dans le monde est donnée aux animaux d’élevage, dont les conditions de vie sont impropres à leur permettre d’en fabriquer eux-mêmes…(2) 
Personnellement, dans le doute, je prends un complément alimentaire végane de vitamine B 12 ; je préfère le prendre directement plutôt que de consommer la viande d’un animal qui en a reçu.
Dans la société où nous vivons, il n’est pas simple d’être frugivore. Un végétarisme ou un flexitarisme intégrant une part prépondérante de produits crus peut être un bon compromis.
La position de l’Académie états-unienne de nutrition et de diététique (regroupant plus de 100 000 professionnels), actualisée en 2016, est que « l’alimentation végétarienne bien planifiée, y compris végétalienne, est saine, adéquate sur le plan nutritionnel et peut être bénéfique pour la prévention et le traitement de certaines maladies. Cette alimentation est appropriée à toutes les périodes de la vie, notamment la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance, l’adolescence, le troisième âge, et pour les sportifs (3). »
Les études scientifiques ont montré l’intérêt majeur d’une alimentation végétale bien conçue pour réduire significativement les risques liés à l’obésité, aux maladies cardiovasculaires, à l’hypertension artérielle, au diabète de type 2, à l’hypercholestérolémie (4) ou à certains types de cancers (notamment prostate et côlon) (5).

Bien entendu, on parle d’une alimentation végétarienne riche en produits bruts, notamment fruits, légumes et noix. On peut manger végane et industriel (chips, burgers, pizzas, pâtes, barres chocolatées, biscuits et desserts industriels, etc.), et dans ce cas, les bénéfices pour la santé ne seront pas au rendez-vous…

B. Environnement

La « production » d’aliments issus des animaux est dévastatrice pour l’environnement (6) :
– elle est responsable d’une grande partie de la déforestation (63 % de la déforestation en Amazonie, par exemple) ;
– l’élevage produit 14,5 % des gaz à effet de serre ;
– l’élevage conduit au gaspillage et à la pollution d’énormes quantités d’eau (7) ;
deux tiers des terres agricoles dans le monde sont consacrées à l’élevage ou à la production d’aliments pour le bétail, alors qu’il faut plusieurs kilos de protéines végétales pour produire un seul kilo de protéines animales (7 pour les bovins, 6 pour les poulets et cochons, 3 pour les œufs). C’est donc un gaspillage de terres et de ressources, en particulier végétales (8) ;
Cette production est aussi dévastatrice pour les humains. Une étude de 2012 a montré que si les pays riches et émergents divisaient par deux leur consommation de viande, la ration calorique des habitants des pays en développement augmenterait (+ 81 calories par personne et par jour) et au moins 2,2 millions d’enfants échapperaient à la malnutrition chronique (9). La viande est donc en partie responsable de la faim dans le monde.
Enfin, sur le plan social, je vous invite à vous renseigner sur les conditions de travail et les maladies professionnelles des salariés des abattoirs, c’est édifiant (10).

C. Vie des animaux

Dans la chanson « Bouge de là », MC Solaar fait intervenir une voix féminine qui lui demande : « T’aimes les animaux, toi, mon super MC ? J’lui réponds : Oui j’adore, avec du sel et bien cuit ». Je n’aimerais pas être aimée comme certains disent aimer les animaux…

Plus sérieusement, dans son livre : “Pourquoi nous aimons les chiens, mangeons des porcs et portons des vaches” – Mélanie JOY interroge l’incohérence de nos différentes attitudes à l’égard des animaux : nous exprimons de l’affection envers certains (chiens, chats, cochons d’Inde, etc.), en mangeons d’autres (vaches, cochons, poulets, poissons, etc.), ou les élevons pour la laine, le cuir ou la fourrure que nous désirons porter.

Moi aussi j’ai mangé des animaux et porté de la laine et du cuir (toujours aujourd’hui pour les vêtements et chaussures en bon état, tant qu’ils seront encore portables). Je ne cherche pas à faire la morale à qui que ce soit. Il est toutefois bon de prendre conscience, au-delà de leur bien-être, que c’est tout simplement la vie des animaux que l’on sauve en s’abstenant de les manger ou d’acheter du cuir ou de la fourrure !

Et je vous épargne le développement sur les élevages industriels où l’on traite les animaux comme des choses, plus exactement des machines à produire, en oubliant que ce sont des êtres vivants et sensibles ! Or, la consommation de viande biologique demeure confidentielle en France. L’essentiel de la viande consommée en France (11) provient donc de ces élevages. Personnellement, je refuse de cautionner ce système en achetant ses produits. Je considère qu’acheter, c’est voter, et la viande et le poisson ont perdu ma voix depuis longtemps.

2 – Comment diminuer sa consommation de produits animaux (et faire de ce monde une forêt et un jardin) (12)

Beaucoup d’idées reçues sont entretenues autour de la viande et du poisson et de leur prétendue nécessité pour la santé.

En réalité, le monde végétal regorge de protéines d’excellente qualité. L’ensemble des fruits et légumes contient des acides aminés, même la salade. Avec ces acides aminés, le corps pourra fabriquer des protéines nécessaires à la croissance, l’entretien et la réparation de nos cellules. Les graines germées, dont je vous parlais dans l’article sur la fatigue, sont des mines de nutriments, et notamment d’acides aminés d’excellente qualité (13). C’est aussi le cas des algues, à consommer crues ou déshydratées (par exemple en paillettes) de préférence.

Même si vous faites beaucoup de sport, vous pouvez supprimer tous les produits animaux : même le journal «L’équipe» parle des athlètes de haut niveau qui ont choisi d’être véganes (14) !

Pour beaucoup d’entre nous, le goût de la viande et du poisson est irremplaçable, je le sais. Quand j’en mangeais encore, j’appréciais particulièrement le saumon fumé. Mais considérant la somme de souffrance humaine et animale, la pollution, le gaspillage des ressources et la mise en danger de la biodiversité marine que cela induit, je considère pour ma part que le plaisir gustatif ne pèse pas lourd à côté. Et toutes les saveurs végétales que j’ai découvertes depuis que je suis végétarienne font plus que compenser cette « perte » dans mon alimentation.

Cela dit, réduire les protéines animales est déjà un bon début, si vous ne souhaitez pas arrêter pour le moment. Pour cela, vous pouvez vous intéresser aux nombreux sites de recettes végétariennes (15) qui existent sur internet, et à tous les ingrédients végétaux que vous pourriez découvrir pour réjouir vos papilles. Pour ma part, j’ai commencé à vraiment prendre plaisir à cuisiner quand je suis devenue végétarienne, et encore plus depuis que je m’intéresse à la crusine.

Vous pouvez procéder à votre rythme, en commençant par exemple, si aujourd’hui vous mangez viande ou poisson deux fois par jour, par passer à une seule fois un jour sur deux, pour aller progressivement vers une seule fois par jour tous les jours, puis un jour complètement végétarien sur deux, trois ou quatre. Il est important de respecter son rythme. Si vous souffrez d’une pathologie, mieux vaut se faire accompagner par un naturopathe ou autre thérapeute en santé naturelle.

A savoir : il est inutile d’allier au même repas céréales et légumineuses, comme cela a été longuement répété (16). Cette idée reçue est fausse, et c’est maintenant bien établi : la complémentarité peut se faire sur la journée, ou même sur une semaine.

Enfin, il peut exister quelques situations extrêmes qui justifient la consommation de viande pendant une durée limitée dans le temps, notamment l’épuisement chronique. Dans cette situation en effet, le système endocrinien est lui aussi épuisé, et une viande de bonne qualité peut fournir les hormones qu’il ne fournit plus en quantités suffisantes. Cela dit, si je suis amenée à préconiser cela un jour, c’est en mettant en place, en parallèle, des mesures naturopathiques pour remonter la vitalité de l’organisme en général et du système endocrinien en particulier. Une fois celui-ci revenu à un fonctionnement normal, la viande pourra être progressivement supprimée. Dans le cas d’une personne en épuisement chronique dont les convictions s’opposent à la consommation de viande, des alternatives seront recherchées dans le monde végétal. La viande n’est à mon sens jamais indispensable.

En conclusion

Faut-il manger des animaux ? C’est à chacun de répondre à cette question en son âme et conscience, en s’étant au préalable bien informé sur ses tenants et aboutissants.
En termes de santé, on peut très facilement s’en passer, et c’est même un atout pour la vitalité et la longévité.
Si l’on ne souhaite pas s’en passer complètement, chacun a intérêt à réduire sa consommation, quitte à acheter de la viande ou du poisson de meilleure qualité, donc plus chers, mais moins souvent, ce qui peut se faire à budget constant.

Références

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