La carte des regards - Les sept repères de l’équilibre durable - Le Vivant - en mode pro formations

Un autre regard sur votre activité : s’inspirer du vivant

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Et si une décision professionnelle modifiait bien plus que le problème qu'elle cherche à résoudre ? Neuf questions inspirées du vivant pour regarder autrement votre activité.

En bref

9 questions pour regarder votre activité comme un ensemble de relations, plutôt qu’une addition de problèmes à résoudre.

Une décision professionnelle agit rarement seule.

Modifier un tarif, changer de cabinet, ajouter une prestation ou développer un nouveau canal de communication peut produire des effets dans plusieurs autres dimensions de votre activité.

S’inspirer du vivant nous invite à :

regarder davantage les relations entre les éléments qu’à les examiner séparément.

Ce Regard ne vous dira pas quelle décision prendre. Il vous propose neuf questions pour mieux comprendre ce que vos décisions mettent en mouvement.

Objectif : Prendre du recul sur votre activité en observant les relations entre vos décisions, vos ressources, vos clients, votre environnement et votre manière de travailler.

Et si votre problème n’était pas aussi isolé qu’il en a l’air ?

Imaginons que vous envisagez d’augmenter vos tarifs.

La question semble simple : « Combien demander pour une séance ?« . Pourtant, modifier un tarif peut également changer le nombre de rendez-vous dont vous avez besoin pour atteindre votre objectif de revenu. Cela peut modifier votre clientèle, votre positionnement, la manière dont vous présentez vos prestations ou encore votre rythme de travail.

Prenons une autre situation. Votre communication sur les réseaux sociaux vous demande beaucoup de temps et vous décidez de publier moins souvent.

Vous gagnez du temps. Mais cette décision peut aussi modifier votre visibilité, les visites sur votre site, les demandes de rendez-vous… ou ne presque rien changer si l’essentiel de votre clientèle provient du bouche-à-oreille.

Dans une activité professionnelle, nous avons souvent tendance à séparer tarifs,  communication, cabinet, organisation, clients, dépenses, temps de travail… Ce découpage est nécessaire pour analyser une situation. Mais ce découpage peut nous faire oublier quelque chose d’essentiel :

ces éléments sont reliés.

C’est précisément ce que le Regard du vivant nous propose d’explorer.

Pourquoi s'inspirer du vivant ?

Pour construire ce Regard, nous nous appuyons notamment sur une grille élaborée par Marie-Hélène Straus et Éric Julien autour de neuf principes :  altérité, interdépendance, sens, communication, valeurs, cadre, créativité, temps, mémoire.

Les auteurs ont construit cette grille à partir notamment de leur dialogue avec les Kogi/Kággaba de Colombie, de références aux sciences du vivant et de leur expérience des organisations.

Ces neuf principes ne sont ni neuf lois scientifiques du vivant, ni neuf principes traditionnels que l’on pourrait attribuer directement aux Kogi. Certaines réalités auxquelles les auteurs font référence sont parfaitement établies en biologie (communication cellulaire, interdépendances, rythmes biologiques, mécanismes de régulation, mémoire immunitaire, etc). 

En revanche, passer d’un organisme vivant à une organisation humaine constitue une analogie : elle peut nous aider à penser autrement, mais elle ne démontre pas comment une entreprise devrait fonctionner. C’est exactement ainsi que nous utiliserons cette grille :

Neuf occasions de poser une question différente à notre activité.

1. Altérité | Qu'est-ce qu'un autre regard me permet de voir ?

L’altérité est la qualité, l’état ou le caractère de ce qui est autre, distinct et extérieur à soi : 

un client, un confrère, un partenaire ou simplement les résultats de notre activité peuvent nous montrer quelque chose que nous n’avions pas vu.

En effet, nous ne percevons jamais une situation depuis tous les points de vue à la fois.

Cette confrontation des regards n’implique pas que l’autre ait raison et que nous ayons tort, elle permet de mettre notre propre représentation à l’épreuve.

Vous pouvez, par exemple, être convaincu que votre site explique parfaitement votre activité alors que plusieurs personnes vous demandent régulièrement ce que vous proposez exactement.

Vous pouvez penser que vos tarifs constituent le principal frein à la prise de rendez-vous alors que vos clients vous disent surtout qu’ils ne comprennent pas la différence entre vos prestations.

La question du vivant :

Qu’est-ce qu’un autre regard me permet de voir que je ne peux pas voir seul ?

Cela peut être le regard d’une personne, mais également un fait qui contredit votre première intuition…

L’information extérieure ne décide pas à votre place ; elle agrandit ce que vous pouvez voir.

2. Interdépendance | Qu'est-ce qui dépend de quoi ?

Dans un organisme vivant, les éléments ne fonctionnent pas indépendamment les uns des autres. Votre activité n’est évidemment pas un organisme, toutefois l’analogie nous invite à poser une question très utile :

De quoi cette partie de mon activité dépend-elle ?

Imaginez que votre cabinet vous coûte cher. Pris isolément, le raisonnement peut être : loyer élevé → chercher un local moins cher.

Mais votre cabinet est peut-être également proche de votre clientèle, visible depuis la rue, accessible en transports et partagé avec trois professionnels qui vous recommandent régulièrement.

Le coût n’a pas disparu, mais vous comprenez désormais mieux ce qui est relié à ce coût.

Même chose si 80 % de vos nouveaux clients proviennent d’une seule plateforme : celle-ci peut être très performante tout en constituant une dépendance importante.

La question du vivant :

De quoi mon activité dépend-elle aujourd’hui, et certaines de ces dépendances la rendent-elles fragile ?

3. Sens | Qu'est-ce que je cherche réellement à construire ?

Nous prenons quotidiennement de petites décisions : accepter un rendez-vous supplémentaire, suivre une formation, investir dans un nouvel outil, proposer une réduction, publier davantage, ouvrir une nouvelle prestation…

À force de résoudre les problèmes les uns après les autres, il est possible de perdre de vue ce que toutes ces décisions sont censées construire ensemble.

Une activité peut ainsi se développer tout en s’éloignant progressivement de ce que son praticien souhaitait exercer.

Par exemple, vous vouliez consacrer l’essentiel de votre temps aux accompagnements et vous découvrez deux ans plus tard que la multiplication des prestations, outils et actions de communication vous conduit à passer presque autant de temps à gérer votre activité qu’à exercer votre métier. Cela ne signifie pas que cette évolution est mauvaise néanmoins elle mérite d’être regardé.

La question du vivant :

Qu’est-ce que je cherche réellement à construire et à préserver avec mon activité ?

Le sens n’est pas nécessairement une « grande mission ». Il peut être très concret : exercer correctement son métier, gagner suffisamment sa vie, préserver du temps personnel, travailler dans certaines conditions ou rester disponible pour une certaine clientèle.

4. Communication | Qu'est-ce que mon activité me dit ?

Communiquer ne consiste pas seulement à émettre un message. Dans les systèmes vivants, la circulation d’informations participe aux mécanismes de coordination et de régulation. L’analogie devient particulièrement intéressante pour une activité professionnelle.

Vous communiquez vers vos clients  ⇔ recevez-vous les informations qui reviennent ?

  • Vous créez une nouvelle prestation et personne ne la réserve.
  • Vous publiez régulièrement mais votre site reçoit peu de visites.
  • Vos rendez-vous augmentent mais votre revenu par heure travaillée diminue.
  • Les demandes pour une prestation progressent alors que vous communiquez surtout sur une autre.

Ces résultats ne sont ni des récompenses ni des sanctions ; ce sont des informations.

La question du vivant :

Quelles informations mon activité me renvoie-t-elle, et est-ce que je les utilise réellement ?

Cette question est fondamentale :

une décision n’est jamais définitivement validée au moment où elle est prise. Elle produit des effets que nous pouvons ensuite observer.

5. Valeurs | Que reste-t-il de mes valeurs lorsqu'elles ont un coût ?

Il est facile d’affirmer des valeurs lorsque celles-ci ne modifient aucune décision, elles deviennent beaucoup plus intéressantes lorsqu’elles nous obligent à arbitrer.

  • Vous souhaitez rester accessible financièrement, mais votre tarif actuel ne permet plus de dégager le revenu nécessaire.
  • Vous souhaitez consacrer beaucoup de temps à chaque client, mais ce fonctionnement limite fortement le nombre de personnes que vous pouvez recevoir.
  • Vous souhaitez utiliser uniquement certains produits, mais leur coût augmente.

Il n’existe pas nécessairement de réponse parfaite.

Et nous devons ici éviter un raccourci : le fait que coopération et interdépendance existent dans le vivant ne permet pas d’en déduire automatiquement des normes morales auxquelles une activité humaine devrait se conformer.

Vos valeurs sont des choix humains, pas des lois biologiques pourtant elles peuvent devenir des critères très concrets de décision.

La question du vivant

Quelles valeurs continuent de guider mes décisions lorsqu’elles ont un coût ?

6. Cadre | Quelles limites rendent mon activité possible ?

La limite possède parfois une mauvaise réputation, elle semble « empêcher ». Pourtant, dans le vivant, la compartimentation joue un rôle fondamental ! La membrane d’une cellule, par exemple, ne constitue pas simplement un mur : elle participe aux échanges entre l’intérieur et l’extérieur et au maintien de conditions nécessaires au fonctionnement cellulaire. 

Cette image permet de poser une excellente question professionnelle :

quelles limites permettent à mon activité de fonctionner correctement ?

Un cadre peut être :

  • vos horaires ;
  • votre périmètre d’intervention ;
  • vos conditions d’annulation ;
  • les limites de ce que vous acceptez de faire ;
  • vos tarifs ;
  • les modalités de contact ;
  • le nombre maximum de rendez-vous que vous pouvez assurer.

Une limite n’est donc pas nécessairement l’opposé de la liberté. Au contraire, certaines limites rendent précisément l’autonomie possible.

La question du vivant :

Quelles limites me permettent d’exercer librement, professionnellement et durablement ? »

7. Créativité | Ai-je laissé une place à ce que je n'avais pas prévu ?

Développer une activité demande de planifier et tout prévoir est impossible : une rencontre peut faire émerger une collaboration, une question répétée par plusieurs clients peut révéler un besoin, une prestation secondaire peut rencontrer beaucoup plus d’intérêt que prévu…

Tout ce qui est utile ne peut pas être prévu à l’avance. La créativité ici consiste moins à produire constamment de nouvelles idées qu’à remarquer une possibilité qui existe déjà.

La question du vivant :

Où ai-je laissé dans mon activité une place à l’observation, à l’essai et à autre chose que ce qui était prévu ?

 

 

8. Temps | Mon rythme est-il compatible avec la durée ?

Une activité peut fonctionner aujourd’hui et être difficilement soutenable pendant cinq ans : votre agenda est plein, votre chiffre d’affaires progresse et vos clients sont satisfaits, mais vous terminez chaque semaine épuisé.

Le problème n’est donc pas nécessairement la performance immédiate du modèle : Il peut être sa capacité à durer.

Les organismes vivants connaissent de multiples rythmes et cycles biologiques. Là encore, nous n’avons pas besoin d’en tirer une loi entrepreneuriale pour retenir une question simple :

notre capacité de travail n’est ni infinie ni nécessairement constante.

Une activité possède également ses rythmes :

  • saisons plus ou moins actives ;
  • périodes de formation ou de vacances ;
  • temps de communication ;
  • récupération ;
  • évolution de la vie personnelle ;
  • vieillissement ;
  • moments de développement ;
  • moments de stabilisation.

La question du vivant :

Le rythme de mon activité est-il compatible avec ma capacité réelle à l’exercer dans la durée ?

9. Mémoire | Qu'est-ce que mon expérience m'a déjà appris ?

Nous accumulons énormément d’informations sur notre activité, mais nous ne les transformons pas toujours en apprentissages :

  • vous avez testé une publicité qui n’a rien produit,
  • un partenariat qui a très bien fonctionné,
  • une période pendant laquelle votre agenda était systématiquement rempli,
  • une organisation qui vous épuisait,
  • un tarif que vous aviez peur d’augmenter et que vos clients ont accepté sans difficulté.

Ces expériences constituent une forme de mémoire professionnelle.

La question du vivant :

Qu’ai-je appris de ce qui a déjà fonctionné — ou échoué — et qu’est-ce que cela change dans mes prochaines décisions ?

Une expérience n’est réellement utile à votre activité que si quelque chose de ce qu’elle vous a appris peut être réutilisé.

Une même décision, neuf questions différentes

Reprenons notre exemple de départ : vous envisagez d’augmenter vos tarifs.

Avec ces neuf questions, la décision devient beaucoup plus riche :

  • Altérité
    Qu’est-ce que mes clients, mes confrères ou les faits peuvent m’apprendre que je ne vois pas seul ?
  • Interdépendance
    Qu’est-ce que cette augmentation modifierait ailleurs dans mon activité ?
  • Sens
    Quel modèle professionnel suis-je réellement en train de construire ?
  • Communication
    Que m’indiquent déjà mes réservations, mon revenu, mes refus ou les réactions de mes clients ?
  • Valeurs
    Qu’est-ce que je souhaite préserver dans ma manière de fixer mes tarifs ?
  • Cadre
    Quel tarif me permet de poser un cadre économiquement soutenable ?
  • Créativité
    Existe-t-il une réponse que je n’avais pas encore envisagée ?
  • Temps
    Quel rythme de rendez-vous ce tarif rend-il possible dans la durée ?
  • Mémoire
    Qu’est-ce que mes précédentes évolutions tarifaires m’ont appris ?

Aucune de ces questions ne fixe votre nouveau tarif, et pourtant vous ne regardez plus la décision de la même manière.

Essayez ce Regard : regardez une décision comme un système

Choisissez maintenant une décision professionnelle réelle que vous envisagez.

Pas nécessairement une décision importante. Cela peut être : changer un tarif • arrêter une prestation • louer un cabinet • suivre une formation • créer une nouvelle offre • rejoindre une plateforme • investir dans un outil • modifier vos horaires…

Puis partez de votre décision et examinez-la sans chercher immédiatement à la résoudre :

  • Qu’est-ce que je souhaite modifier ?
  • De quoi cette situation dépend-elle aujourd’hui ?
  • Qu’est-ce que ma décision modifierait directement ?
  • Quelles conséquences pourrait-elle produire ailleurs ?
  • Quelles informations mon activité me fournit-elle déjà ?
  • Qu’est-ce que mes expériences précédentes m’ont appris ?
  • Quel autre point de vue pourrait me permettre de voir quelque chose que je ne vois pas encore ?

Vous pouvez simplement noter les éléments autour de votre décision et tracer les relations entre eux sans vouloir absolument construire un schéma parfait.

Il est de rendre visibles des relations qui ne l’étaient pas encore.

Prenez le temps de réfléchir à votre propre situation.

A retenir

S’inspirer du vivant ne signifie pas que votre activité est un organisme ni qu’il existerait dans la nature un modèle économique idéal que nous aurions simplement à reproduire.

Cela ne signifie pas davantage que tout doit être relié à tout, que la coopération est toujours préférable à la compétition ou qu’une décision « naturelle » serait nécessairement meilleure.

Le vivant nous sert ici de source de questionnement.

Une activité professionnelle n’est pas seulement une addition de tarifs, de prestations, de clients, de dépenses et d’actions de communication. Ces éléments entretiennent des relations et les décisions prises dans un domaine peuvent produire des effets ailleurs.

Le Regard du vivant nous invite donc à élargir momentanément notre champ de vision avant de décider.

Il ne nous dit pas ce que nous devons faire. Il nous pose une question :

Si je change cela, qu’est-ce que cela va modifier ailleurs dans mon activité ?

Une même situation. Plusieurs manières de la regarder. Une décision qui reste la vôtre.