Un autre regard sur votre activité : l’adéquation plutôt que le modèle idéal
Cabinet, rythme, communication, formation… Une solution adaptée à un autre praticien ne l’est pas forcément pour vous. Ce Regard inspiré de l'Ayurvéda vous invite à questionner vos choix professionnels. Et si la bonne solution était surtout celle qui vous convient, dans votre situation, aujourd’hui ?
En bref
Deux praticiens exerçant le même métier n’ont aucune raison d’avoir exactement les mêmes tarifs, le même rythme de rendez-vous, le même cabinet, les mêmes outils ou la même stratégie de développement.
Ce Regard inspiré de l’Ayurvéda nous invite à remplacer la question “Quelle est la meilleure solution ?” par cette autre question : “Cette solution est-elle réellement adaptée à moi, dans ma situation, aujourd’hui ?“
Dans ce Regard, il ne s’agit nullement de définir votre “profil ayurvédique d’entrepreneur”, mais d’explorer notre activité en empruntant à la pensée ayurvédique une de ses clés :
la recherche de l’adéquation entre une solution et la situation dans laquelle elle doit fonctionner.
Objectif : prendre du recul sur les modèles professionnels que l’on vous propose et apprendre à examiner une décision en fonction de la personne que vous êtes, de votre situation actuelle, de votre environnement et de vos capacités réelles.
Une bonne solution pour qui ?
Imaginez deux praticiennes en massage bien-être.
Elles réalisent le même chiffre d’affaires annuel et reçoivent toutes les deux quatre personnes par jour, quatre jours par semaine. Sur le papier, leur modèle économique est presque identique.
La première apprécie ce rythme. Elle conserve suffisamment de temps pour sa vie personnelle, récupère facilement entre ses journées et souhaite continuer ainsi.
La seconde termine régulièrement ses semaines épuisée. Elle commence à appréhender certaines journées et se demande comment elle pourra maintenir ce rythme pendant plusieurs années.
Si nous regardons uniquement leurs chiffres, nous pouvons conclure : même organisation, mêmes résultats.
Mais il manque une information essentielle :
le même modèle convient-il réellement aux deux personnes qui le portent ?
C’est ici que l’Ayurvéda nous offre un déplacement de regard particulièrement intéressant.
Pourquoi s’inspirer de l’Ayurvéda ?
L’Ayurvéda est un système de santé holistique traditionnel indien ancien. Nous n’allons évidemment ni l’enseigner dans cette fiche, ni transposer ses notions médicales traditionnelles en méthode de gestion.
Nous allons nous intéresser à une caractéristique beaucoup plus précise de son raisonnement : une réponse appropriée dépend de la personne et de son contexte.
Un concept de l’Ayurvéda est particulièrement intéressant : sātmya. Selon les contextes, il désigne ce qui convient, ce qui est approprié ou compatible avec une personne, mais aussi ce à quoi elle est habituée. Dans l’évaluation ayurvédique classique, il intervient aux côtés d’autres paramètres comme le lieu ou l’environnement (deśa), le moment (kāla), l’âge, les caractéristiques de la personne ou ses capacités.
Sātmya nous invite à poser une question inhabituelle lorsque nous examinons notre activité :
Dans quelles conditions cette solution est-elle réellement appropriée pour moi ?
Explorons ce que cette question peut changer.
1. Il n’existe pas nécessairement un équilibre idéal pour tout le monde
Dans le langage courant, nous parlons volontiers de “trouver son équilibre”.
Mais ce mot peut laisser penser qu’il existerait une sorte de répartition idéale entre travail, revenu, repos, développement professionnel et vie personnelle.
Ce n’est pas forcément le cas. Un praticien peut vouloir travailler trois jours par semaine ; un autre cinq. L’un souhaite avant tout stabiliser son activité ; l’autre veut développer plusieurs lieux d’exercice ou de nouvelles prestations. Même le rapport à une journée de travail peut être très différent : quatre séances successives peuvent être parfaitement confortables pour une personne et trop exigeantes pour une autre.
Ce qui nous intéresse n’est donc pas de trouver l’équilibre théorique d’un praticien bien-être. C’est de comprendre les conditions dans lesquelles votre propre activité fonctionne correctement pour vous.
La question de l’Ayurvéda :
Mon activité est-elle équilibrée en théorie, ou réellement adaptée à moi en pratique ?
2. Une solution adaptée à quelqu’un d’autre ne l’est pas nécessairement pour vous
Lorsque nous débutons une activité, il est logique de chercher des modèles.
- Comment font les autres ?
- Combien facturent-ils ?
- Faut-il être présent sur Instagram ?
- Proposer des forfaits ?
- Créer une newsletter ?
- Participer à des salons ?
Ces informations sont utiles, mais peuvent nous inciter à penser que “si cela fonctionne pour cette personne“, c’est donc “ce que je devrais faire.”
L’Ayurvéda est souvent présenté aujourd’hui à travers les trois doṣa (vāta, pitta et kapha) parfois transformés en profils de personnalité simplifiés. Ici, nous ne cherchons surtout pas à déterminer si vous êtes un “entrepreneur Vata“, “Pitta” ou “Kapha“.
Nous retiendrons simplement cette idée beaucoup plus utile : votre singularité compte dans l’évaluation d’une solution.
La question de l’Ayurvéda :
Est-ce que je poursuis ce modèle parce qu’il me convient réellement, ou parce qu’on me l’a présenté comme le modèle à atteindre ?
3. Une décision n’existe jamais hors contexte
Prenons comme exemple le choix d’un cabinet. On pourrait établir une liste de critères : prix ; surface ; visibilité ; accessibilité ; stationnement ; confort ; localisation.
Maintenant, imaginons deux situations :
- une praticienne dispose déjà d’une clientèle importante et souhaite recevoir cinq jours par semaine. Un cabinet très visible en centre-ville avec des charges relativement élevées peut avoir du sens ;
- une autre débute son activité, travaille encore à temps partiel comme salariée et prévoit deux demi-journées de rendez-vous par semaine.
Le même local n’a plus du tout la même pertinence.
Dans l’approche ayurvédique, la personne n’est pas évaluée indépendamment de son environnement et du moment : Deśa (le lieu ou l’environnement) et kāla (le temps ou le moment) font partie des paramètres pris en compte.
La transposition professionnelle consiste à retenir ceci : une solution n’est pas bonne dans l’absolu, elle ne fonctionne que dans certaines conditions.
La question de l’Ayurvéda :
Cette décision est-elle adaptée à ma situation réelle : ici, maintenant, avec mes contraintes et mes ressources ?
4. Ce qui vous convenait peut cesser de vous convenir
Il y a trois ans, votre organisation fonctionnait très bien. Pourquoi la remettre en question ?
Parce que quelque chose a peut-être changé : votre clientèle a augmenté, vous avez déménagé, votre situation familiale a évolué, vous récupérez moins facilement après certaines journées, vous avez davantage de charges…
L’importance accordée au temps et à l’évolution de la situation constitue justement l’un des éléments intéressants du Regard ayurvédique.
La question de l’Ayurvéda :
Qu’est-ce qui a changé depuis la dernière fois où cette organisation me convenait ?
Une décision peut avoir été parfaitement raisonnable hier et mériter d’être réexaminée aujourd’hui.
5. Votre activité peut-elle absorber ce que vous lui ajoutez ?
Une nouvelle formation. Un deuxième réseau social. Une nouvelle prestation. Un partenariat. Une permanence supplémentaire… Pris séparément, chacun de ces projets peut sembler intéressant.
Mais votre activité doit ensuite absorber ce que vous lui ajoutez.
Dans la pensée ayurvédique, agni occupe une place importante dans les processus de digestion et de transformation. Nous utiliserons donc ici agni uniquement comme métaphore.
Imaginez votre activité comme devant traiter ce que vous lui donnez. Une nouvelle formation demande du temps d’apprentissage, puis éventuellement d’intégrer une nouvelle prestation. Un réseau social demande de créer du contenu et de répondre aux interactions. Un partenariat doit être entretenu…
Ajouter cinq choses utiles peut donc rendre l’ensemble moins fonctionnel (digeste) si vous ne disposez pas de la capacité nécessaire pour les intégrer.
La question de l’Ayurvéda :
Mon activité a-t-elle réellement la capacité d’absorber et de transformer ce que je suis en train d’y ajouter ?
6. Observer avant de corriger
Vous avez le sentiment que votre activité ne fonctionne plus aussi bien. Que faire ? Changer vos tarifs ? Communiquer davantage ? Créer une nouvelle offre ? Suivre une formation ?
Avant de corriger, encore faut-il comprendre ce qui est réellement en train de changer. L’observation, l’inférence et le raisonnement ont une véritable place dans les traditions savantes ayurvédiques.
Dans votre activité, les premiers signes peuvent être très concrets : le revenu par heure travaillée diminue, vous avez davantage de rendez-vous mais moins de revenu disponible, les recommandations deviennent moins nombreuses, vos charges augmentent régulièrement, vous êtes beaucoup plus fatigué après certaines journées, une plateforme devient progressivement votre seule source de nouveaux clients…
Aucun de ces signes ne fournit automatiquement la solution, mais ils vous indiquent où regarder.
La question de l’Ayurvéda :
Qu’est-ce qui me montre concrètement qu’un changement est en train de s’installer ?
7. Votre ressenti est une information, pas un verdict
“Je sens que quelque chose ne va plus.” Cette phrase mérite d’être entendue. Elle ne mérite pas nécessairement d’être immédiatement transformée en conclusion.
Vous pouvez avoir le sentiment que vos tarifs sont trop élevés, que votre communication ne fonctionne pas, que vos clients deviennent moins nombreux, que votre nouvelle prestation ne trouve pas son public…
Ce ressenti doit vous inviter à vous questionner. Combien de demandes avez-vous réellement reçues ? Quel est votre taux de réservation ? Quels retours avez-vous obtenus ? Etc.
Le Regard ayurvédique invite à ne pas opposer intuition et réflexion. Nous pouvons partir de ce que nous ressentons, puis observer, analyser et éventuellement réviser notre première impression.
La question de l’Ayurvéda :
Qu’est-ce que je ressens, qu’est-ce que j’observe, et qu’est-ce que les faits confirment ou contredisent ?
Testez le Regard ayurvédique : ma grille d’adéquation
Choisissez une décision que vous envisagez actuellement : une formation, un cabinet, une nouvelle prestation, un investissement, un changement de tarif, une action de communication, un partenariat…
Puis examinez cette décision à travers six questions :
- Pour qui ? Quelles sont mes caractéristiques, mes besoins, mes limites et mes objectifs ?
- Dans quelle situation suis-je aujourd’hui ? Quelle est la réalité actuelle de mon activité, au-delà de l’image que j’en ai ?
- Dans quel contexte ? Quels éléments économiques, territoriaux, personnels ou professionnels influencent cette décision ?
- Pourquoi maintenant ? Qu’est-ce qui rend cette décision pertinente à ce moment précis ?
- Avec quelle capacité ? Ai-je réellement le temps, l’argent, l’attention et les compétences nécessaires pour intégrer ce changement ?
- Comment saurai-je que cela me convient toujours ? Quels faits ou ressentis me conduiraient à réexaminer ma décision ?
Il ne s’agit pas de trouver six bonnes réponses, mais de vérifier que la solution envisagée réponde réellement à votre situation.
Votre premier pas
Choisissez une solution que vous envisagez actuellement et que vous avez tendance à formuler ainsi :
“Je devrais…”
- Je devrais publier davantage.
- Je devrais louer un cabinet.
- Je devrais augmenter mes tarifs.
- Je devrais proposer des forfaits.
- Je devrais suivre cette formation.
Remplacez simplement la phrase par :
“Dans quelles conditions cette solution serait-elle réellement adaptée à moi, dans ma situation, aujourd’hui ?“
Vous n’avez pas encore à changer de décision. Commencez simplement par vérifier son adéquation.
À retenir
Une solution professionnelle ne peut pas être évaluée uniquement parce qu’elle fonctionne pour d’autres personnes ou correspond à un modèle généralement recommandé.
Le Regard inspiré de l’Ayurvéda nous invite à prendre en compte la personne, sa situation actuelle, son environnement, le moment et sa capacité réelle à intégrer un changement.
S’inspirer de l’Ayurvéda ne consiste pas à déterminer votre doṣa pour savoir comment gérer votre entreprise. Cela ne signifie pas davantage que toute décision est strictement personnelle ou qu’une solution qui vous semble adaptée devient automatiquement pertinente.
Certaines réalités ne s’adaptent pas à nos préférences : une obligation légale, un coût, une échéance, une règle fiscale, la réaction réelle des clients, les ressources dont nous disposons…
Les faits restent les faits. L’adéquation ne remplace pas les faits. Elle les remet dans un contexte.
Mais lorsque plusieurs choix sont possibles, une question mérite d’être posée : “cette solution est-elle réellement adaptée à moi, dans ma situation, aujourd’hui ?“
C’est l’une des questions proposées par la Carte des Regards En mode pro :
Une même situation. Plusieurs manières de la regarder. Une décision qui reste la vôtre.