La permaculture
Un autre regard sur votre activité : construisez-vous des ressources qui durent ?
- Francois Cordier
- Fiches, Regards
- Mise à jour : 15 oct. 2026
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Votre activité peut fonctionner aujourd’hui tout en épuisant progressivement ce dont elle dépend. La permaculture propose un autre regard sur les ressources, les dépendances et la durée.
En bref
Une activité peut être rentable aujourd’hui tout en consommant progressivement les ressources dont elle dépend : votre énergie, votre temps, votre clientèle, votre trésorerie, vos relations ou votre capacité à exercer.
La permaculture nous invite à regarder autrement la conception d’un système : comment ses éléments peuvent-ils se soutenir, produire plusieurs effets utiles et éviter qu’une fonction essentielle repose sur une seule ressource ?
Mon activité entretient-elle les ressources dont elle dépend, ou les consomme-t-elle progressivement ?
Objectif : apprendre à regarder votre activité non seulement à travers ce qu’elle produit aujourd’hui, mais aussi à travers les ressources qu’elle utilise, entretient, développe ou fragilise dans la durée.
Une activité peut fonctionner… en consommant ce qui la fait fonctionner
Imaginez une praticienne qui réalise vingt-cinq séances par semaine. Son cabinet est rempli, son chiffre d’affaires est satisfaisant, ses clients reviennent. Économiquement, son activité fonctionne.
Mais au fil des mois, elle récupère moins bien. De la fatigue, des douleurs apparaissent. Elle réduit ses pauses pour conserver tous ses rendez-vous.
Le modèle produit donc bien le résultat attendu, mais il consomme progressivement une ressource indispensable à son propre fonctionnement : les capacités physique et mentale de la praticienne à exercer son métier.
Poursuivons : 60 % de ses nouveaux clients proviennent d’Instagram, le canal fonctionne remarquablement bien.
Mais si le compte disparaît, si l’algorithme change ou si la praticienne ne souhaite plus consacrer autant de temps à produire du contenu, l’acquisition de clientèle devient immédiatement fragile.
Dans les deux situations, demander simplement : « Est-ce que cela fonctionne ? » ne suffit plus. Il faut ajouter :
« Dans quelles conditions cela pourra-t-il continuer à fonctionner ? »
C’est ici que la permaculture nous apporte un autre « déplacement de regard« .
Pourquoi s’inspirer de la permaculture ?
La permaculture apparaît en Australie dans les années 1970 autour de Bill Mollison et David Holmgren. Leur premier ouvrage commun, Permaculture One, publié en 1978, concerne d’abord la conception de systèmes agricoles intégrés reposant largement sur des espèces pérennes.
Le projet s’élargit ensuite progressivement, de l’idée de permanent agriculture vers une réflexion beaucoup plus vaste sur les établissements humains et une permanent culture.
Aujourd’hui, la permaculture est parfois présentée comme un catalogue de techniques de jardinage, parfois comme une philosophie de vie. Nous allons retenir quelque chose de plus précis : une démarche de conception.
Dans les travaux de Mollison et Holmgren apparaissent notamment des réflexions sur les fonctions remplies par les différents éléments d’un système, la diversité de leurs appuis, la conservation des ressources disponibles, les rétroactions, les solutions petites et progressives ou encore la capacité du système à durer.
Qu’est-ce que mon activité fait aux ressources dont elle a elle-même besoin pour fonctionner ?
1. Une ressource n’est pas seulement quelque chose que l’on possède
Lorsque nous parlons de ressources professionnelles, nous pensons facilement :
- argent ;
- matériel ;
- local ;
- temps disponible.
Mais votre activité repose sur beaucoup d’autres ressources :
- vos compétences ;
- votre capacité physique ;
- votre attention ;
- vos anciens clients ;
- votre réputation ;
- votre site internet ;
- vos contenus ;
- vos partenaires ;
- votre connaissance du territoire ;
- les avis laissés par vos clients ;
- les informations acquises au fil de votre expérience.
Certaines sont consommables. D’autres peuvent être entretenues. D’autres encore peuvent se développer lorsqu’on les utilise :
- une compétence pratiquée peut progresser ;
- une relation professionnelle entretenue peut devenir plus solide ;
- un article publié sur votre site peut continuer à être trouvé plusieurs années après sa publication ;
- un client satisfait peut revenir et parler de vous.
La première question n’est donc pas seulement « Quelles ressources ai-je ? » mais, la question de la permaculture :
Quelles ressources permettent aujourd’hui à mon activité de fonctionner, et qu’est-ce qui leur arrive lorsque je les utilise ?
2. Certaines ressources se renouvellent. D’autres s’épuisent.
- Votre temps de travail n’est pas infini.
- Votre énergie physique non plus.
- Votre trésorerie peut diminuer.
- Une relation peut s’affaiblir lorsqu’elle n’est entretenue que lorsque vous avez besoin de quelque chose.
- Une clientèle fidèle peut progressivement disparaître si toute votre attention est consacrée à l’acquisition de nouveaux clients.
À l’inverse, certaines actions peuvent renforcer les ressources futures :
- vous consacrez du temps à améliorer votre référencement local. Cela vous coûte une ressource aujourd’hui : du temps. Mais si ce travail permet ensuite à de nouvelles personnes de vous trouver régulièrement, vous avez créé quelque chose qui continue à produire des effets ;
- vous prenez le temps de documenter une procédure que vous répétez souvent. L’effort initial peut vous faire gagner du temps ensuite.
La permaculture porte historiquement une attention forte aux ressources renouvelables et à la capacité des systèmes conçus à maintenir leurs fonctions dans le temps. Notre transposition professionnelle doit cependant rester une analogie : une clientèle, une réputation ou une compétence ne sont évidemment pas des ressources écologiques au sens de la permaculture.
La question de la permaculture
Mon fonctionnement renouvelle-t-il suffisamment les ressources qu’il utilise ?
3. Une action peut produire beaucoup plus que son résultat immédiat
Vous organisez un atelier découverte. Vous accueillez huit personnes et réalisez 240€ de chiffre d’affaires.
Vous pouvez ne regardez que le résultat immédiat : 240€. Mais l’atelier a peut-être également produit :
- huit nouveaux contacts ;
- deux futurs rendez-vous ;
- des photos ;
- un témoignage ;
- une relation avec le lieu qui vous accueille ;
- des questions posées par les participants ;
- une idée de nouvel article ;
- une meilleure compréhension des attentes de votre public.
L’action a produit davantage que ce pour quoi elle avait initialement été conçue.
Chez Holmgren, le principe Catch and Store Energy (capter et stocker l’énergie) concerne d’abord la capacité à recueillir des flux et des ressources lorsqu’ils sont disponibles afin de pouvoir les utiliser ultérieurement.
La question de la permaculture :
« Ce que je produis aujourd’hui laisse-t-il quelque chose d’utilisable demain ? »
Le but n’est pas de rentabiliser chaque geste. Il est d’apprendre à voir ce qui est déjà produit et pourrait ne pas être perdu.
4. Une même ressource peut remplir plusieurs fonctions
Vous avez une newsletter. Elle sert à annoncer vos actualités, mais elle peut également :
- maintenir le lien avec d’anciens clients ;
- faire revenir des visiteurs sur votre site ;
- annoncer un atelier ;
- expliquer une nouvelle prestation ;
- valoriser un partenaire.
Dans la tradition du design permaculturel issue de Mollison, un principe classique consiste précisément à :
rechercher plusieurs fonctions pour chaque élément et plusieurs éléments pour assurer chaque fonction.
Attention cependant : il ne s’agit pas de demander à chaque action d’être rentable cinq fois. Parfois, une action n’a besoin que de remplir correctement une fonction.
La question devient plutôt :
« Puis-je concevoir cette action de manière à ce que ce qu’elle produit ne disparaisse pas immédiatement après son utilisation ? »
5. Une fonction essentielle ne devrait pas toujours dépendre d’un seul appui
Reprenons maintenant la logique dans l’autre sens. Votre activité doit trouver régulièrement de nouveaux clients.
Aujourd’hui, ils viennent presque tous d’Instagram. Ce réseau remplit donc très bien cette fonction.
Mais que se passe-t-il si le canal cesse de fonctionner ? La fonction « permettre à de nouvelles personnes de découvrir mon activité » n’est plus assurée.
Imaginez maintenant que les nouveaux clients arrivent par :
- Google ;
- le bouche-à-oreille ;
- vos anciens clients ;
- deux partenaires locaux ;
- votre site ;
- et occasionnellement Instagram.
Aucun canal n’a besoin d’être parfait, puisque la fonction dispose de plusieurs appuis.
La question de la permaculture :
« Si cet élément disparaissait demain, cette fonction continuerait-elle d’être assurée ? »
Quelques exemples :
DD help
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6. Ce qui semble efficace aujourd’hui peut fragiliser demain
Revenons à notre praticienne qui réalise vingt-cinq séances par semaine.
À court terme :
- le chiffre d’affaires est bon ;
- l’agenda est plein ;
- le modèle fonctionne.
À long terme, si cette organisation épuise progressivement sa capacité physique, le résultat change complètement.
Nous pouvons appliquer le même raisonnement à :
- un tarif trop bas compensé par beaucoup de rendez-vous ;
- une publicité qui doit être continuellement financée pour maintenir les demandes ;
- une clientèle provenant presque exclusivement d’un partenaire ;
- une organisation qui ne laisse aucune marge ;
- un rythme qui ne permet plus de se former ou de réfléchir à son activité.
La question n’est pas : « Est-ce durable ? » au sens moral ou écologique du terme.
Elle est d’abord très concrète :
La question de la permaculture
Ce qui produit mes résultats aujourd’hui préserve-t-il ma capacité à continuer de les produire demain ?
C’est ici que le nom de notre Regard prend tout son sens :
les ressources qui durent…
7. Tester petit peut protéger vos ressources
Vous envisagez une nouvelle prestation. Il vous faudrait :
- une formation à 2 000 € ;
- du matériel ;
- modifier votre cabinet ;
- créer une nouvelle page sur votre site ;
- communiquer.
Faut-il tout engager immédiatement ? Peut-être vous pouvez aussi apprendre quelque chose à plus petite échelle ?
- Interroger quelques clients.
- Tester un atelier.
- Suivre un premier module.
- Proposer une version expérimentale.
- Observer la demande.
Holmgren formule parmi ses douze principes Use Small and Slow Solutions : privilégier des solutions petites et lentes plutôt que de rechercher systématiquement de grands changements rapides.
La question de la permaculture :
« Quelle est la plus petite expérimentation qui me permettrait d’apprendre avant d’engager davantage de ressources ? »
L’objectif n’est pas la prudence pour elle-même. C’est obtenir de l’information avec le moins possible de ressources irréversiblement engagées.
8. Une activité durable apprend de ce qu’elle produit
Vous testez une nouvelle offre. Si elle fonctionne, vous continuez. Si elle ne fonctionne pas, vous cherchez pourquoi.
Cette évidence rejoint un autre principe mis en avant par Holmgren : appliquer l’autorégulation et accepter les rétroactions. La permaculture accorde une place importante à l’observation de la réponse du système et à l’adaptation de sa conception.
décider → agir → observer → ajuster.
Une action n’est pas seulement destinée à produire un résultat. Elle peut également produire de l’information qui améliorera la décision suivante.
La question de la permaculture :
« Qu’est-ce que ce que je viens de faire m’apprend pour la conception de la suite ? »
Essayez ce Regard : ressources consommées / ressources entretenues
Choisissez une partie importante de votre activité :
- votre clientèle ;
- votre communication ;
- votre organisation ;
- vos prestations ;
- votre lieu d’exercice.
Puis identifiez les ressources dont elle dépend. Pour chacune, posez trois questions :
- Cette ressource est-elle consommée par mon activité ?
- Est-elle entretenue ou renouvelée ?
- Mon activité contribue-t-elle éventuellement à la développer ?
Ajoutez ensuite :
- Si cette ressource disparaissait demain, quelle fonction ne serait plus assurée ?
- Existe-t-il un autre appui ?
- Ce que mon activité produit aujourd’hui pourrait-il devenir une ressource pour demain ?
Vous ne cherchez pas à rendre votre activité invulnérable. Vous cherchez à comprendre ce qui lui permet de durer.
Ce que ce Regard ne vous dit pas
S’inspirer de la permaculture ne signifie pas transformer une entreprise en écosystème. Un client n’est pas une plante, un réseau professionnel n’est pas un écosystème biologique 🙂
La transposition que je vous propose ici est une construction pédagogique En mode pro inspirée de certains principes de design, pas une « permaculture de l’entreprise« .
Elle ne nous dit pas non plus de tout diversifier, tout conserver ou tout réutiliser. Multiplier les outils, prestations et canaux peut au contraire consommer énormément de ressources.
Sa contribution est plus précise :
regarder ce dont notre activité dépend et concevoir son fonctionnement de manière à ne pas détruire progressivement les conditions dont elle a besoin pour continuer.
Votre premier pas
Choisissez une fonction essentielle de votre activité.
Par exemple :
- trouver de nouveaux clients ;
- produire votre revenu ;
- recevoir vos clients ;
- rester en contact avec votre clientèle.
Puis demandez-vous :
« Aujourd’hui, de quoi cette fonction dépend-elle ?«
Si votre réponse tient dans un seul élément, ajoutez simplement :
« Si cet élément disparaissait demain, que se passerait-il ? »
Vous n’avez pas nécessairement besoin d’ajouter immédiatement une deuxième solution. Vous venez déjà d’identifier une dépendance qu’il peut être utile de piloter.
Prenez le temps de réfléchir à votre propre situation.
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À retenir
Une activité peut produire de bons résultats aujourd’hui tout en fragilisant progressivement les ressources dont elle dépend. Le Regard inspiré de la permaculture nous invite donc à examiner non seulement ce que notre activité produit, mais également ce qu’elle entretient, ce qu’elle développe et ce qu’elle consomme pour le produire.
Sa question centrale est :
Mon activité entretient-elle les ressources dont elle dépend ou les consomme-t-elle progressivement ?
Puis vient une question de conception :
Comment organiser ce qui existe déjà pour que mes ressources se soutiennent mutuellement et que les fonctions essentielles de mon activité ne reposent pas sur un seul appui ?
Il ne s’agit plus seulement de faire fonctionner son activité. Il s’agit progressivement d’apprendre à concevoir les conditions qui lui permettent de continuer à fonctionner.

