Quand on prépare son installation, une question revient souvent :
Faut-il se spécialiser ? Et si oui, comment choisir sa spécialité ?
La question peut rapidement devenir source de pression. Il faudrait trouver « sa niche », identifier le public idéal, choisir une spécialisation porteuse, se différencier des autres praticiens…
On pourrait alors être tenté de chercher la technique qui fonctionne, le public qui semble le plus porteur ou la tendance du moment.
Mais une spécialité professionnelle ne se choisit pas comme une catégorie dans laquelle il faudrait absolument entrer.
Elle se construit plutôt à la rencontre de plusieurs éléments :
- ce que vous savez faire ;
- les publics avec lesquels vous avez envie de travailler ;
- les besoins auxquels vous êtes capable de répondre ;
- votre parcours et vos expériences ;
- les possibilités offertes par votre environnement ;
- et, progressivement, ce que votre pratique vous apprend de vous-même.
Trouver sa spécialité, ce n’est donc pas forcément réduire son activité. C’est lui donner une direction et la rendre plus facile à comprendre.
Objectif : comprendre ce que recouvre réellement une spécialisation professionnelle et identifier les principaux éléments permettant de faire émerger progressivement une spécialité cohérente, crédible et économiquement pertinente.
Public : cette fiche concerne tous les professionnels du bien-être et des approches complémentaires. Les exemples sont spécifiques au métier de masseur de bien-être.
Une spécialité, ce n’est pas seulement une technique.
Se spécialiser, c'est surtout devenir plus lisible.
Imaginez deux praticiens.
- Le premier annonce : Massage californien – suédois – balinais – ayurvédique – Lomi-Lomi – Deep tissue – Pierres chaudes – Réflexologie – Massage assis.
- Le second explique : “J’accompagne particulièrement les sportifs et les personnes physiquement actives qui recherchent des séances adaptées à leurs besoins de récupération et de relâchement musculaire“.
Le premier possède peut-être énormément de compétences, mais le second est immédiatement plus facile à comprendre et à mémoriser.
C’est l’un des principaux intérêts d’une spécialisation : elle permet à votre futur client de se reconnaître plus facilement dans votre offre.
Elle permet aussi à quelqu’un de vous recommander : “Je connais justement quelqu’un qui travaille beaucoup avec les sportifs.“
Elle facilite enfin votre communication et votre visibilité sur internet : pages de votre site, moteurs de recherche, annuaires professionnels, plateformes de réservation, réseaux sociaux…
On recommande beaucoup plus facilement un professionnel lorsqu’on sait précisément dans quelles situations penser à lui.
Une spécialité peut naître de votre propre parcours.
Il existe une autre piste que les praticiens oublient parfois lorsqu’ils cherchent leur spécialité : regarder derrière eux.
Votre ancienne profession, vos expériences personnelles, vos engagements associatifs, vos pratiques sportives, les milieux que vous connaissez ou les personnes que vous avez côtoyées constituent parfois un formidable point de départ :
- une ancienne infirmière n’aborde probablement pas de la même manière les interventions auprès de personnes fragilisées qu’une personne découvrant totalement cet environnement ;
- un pratiquant de trail depuis quinze ans connaît de l’intérieur les habitudes, le vocabulaire, les contraintes et les attentes de nombreux sportifs ;
- une personne ayant longtemps travaillé dans de grandes entreprises connaît déjà leurs fonctionnements, leurs interlocuteurs et certaines contraintes organisationnelles.
Cela ne remplace évidemment jamais une formation lorsqu’elle est nécessaire, mais cette connaissance du terrain peut apporter quelque chose de précieux :
une compréhension authentique du public auquel vous vous adressez.
Votre reconversion ne vous oblige donc pas à effacer votre ancienne vie professionnelle. Elle peut au contraire devenir une partie de votre singularité.
Il n'existe pas de "meilleure spécialité".
Plusieurs évolutions de société peuvent néanmoins créer ou renforcer des besoins auxquels les professionnels du bien-être sont susceptibles de répondre. Par exemple :
- le bien-être en entreprise et les problématiques de stress au travail ;
- le stress, le sommeil et la régulation émotionnelle ;
- l’accompagnement du vieillissement et des personnes fragilisées ;
- le sport, la récupération et la mobilité.
Cela ne signifie absolument pas que vous devriez choisir l’une de ces spécialisations. Ces tendances montrent autre chose :
les opportunités apparaissent lorsqu’une compétence professionnelle rencontre une évolution réelle des besoins.
Selon votre territoire, votre parcours et votre métier, d’autres possibilités peuvent évidemment apparaître :
- Une zone touristique ne présente pas les mêmes opportunités qu’un quartier d’affaires.
- Une commune comptant beaucoup de retraités n’offre pas le même environnement qu’une ville universitaire.
- Une station balnéaire ne fonctionne pas comme une commune périurbaine.
La spécialité pertinente n’existe donc pas dans l’absolu. Elle existe dans un contexte.
Faut-il absolument avoir une niche ?
Non. C’est probablement l’une des principales idées reçues à abandonner.
Les conseils marketing incitent parfois à définir une cible extrêmement précise. Poussée trop loin, cette logique peut devenir artificielle et conduire le praticien à construire son activité pour correspondre à un modèle marketing plutôt qu’à la réalité de son exercice.
De nombreux professionnels développent plutôt un noyau de spécialisation clairement identifiable autour duquel gravitent d’autres prestations cohérentes :
- Un praticien orienté vers la récupération sportive peut parfaitement continuer à recevoir des personnes recherchant simplement une séance de détente.
- Une praticienne spécialisée en périnatalité n’est pas obligée de refuser toutes les clientes qui ne sont pas enceintes.
- Une activité très développée en entreprise peut coexister avec quelques journées de cabinet.
Une spécialité donne une dominante à votre activité. Elle ne vous oblige pas nécessairement à exclure tout le reste.
Vous n'avez pas besoin de trouver votre spécialité avant de commencer.
C’est particulièrement important si vous êtes encore en formation ou au début de votre activité. Vous n’avez peut-être tout simplement pas encore suffisamment d’expérience pour savoir, et ce n’est pas un problème.
Votre spécialisation peut se construire progressivement. Vos premières dizaines de séances vont vous apprendre beaucoup :
- vous constaterez peut-être que certains publics vous intéressent particulièrement ;
- que certaines demandes reviennent ;
- que vous vous sentez particulièrement à l’aise dans certaines situations ;
- que des clients commencent spontanément à vous recommander pour un type de besoin ;
- uu qu’une opportunité professionnelle inattendue ouvre une nouvelle direction.
Une spécialité solide est rarement décidée “à froid”. Elle se construit fréquemment à partir du parcours, de la formation, des demandes récurrentes, des affinités et de l’environnement du praticien.
Votre spécialité peut donc être une découverte autant qu’une décision.
"Plus j'ai de techniques, plus je suis crédible"
C’est une autre croyance fréquente chez les praticiens débutants. Après une première formation vient l’envie d’apprendre une deuxième technique. Puis une troisième. Et parfois une quatrième avant même d’avoir réellement développé sa clientèle…
Le raisonnement paraît logique : “Plus je saurai faire de choses, plus je pourrai répondre à de clients.“
Mais commercialement, le résultat peut être exactement inverse. Une carte proposant quinze prestations différentes peut devenir difficile à comprendre.
Elle peut également provoquer une question chez le client : “Peut-on réellement être excellent dans tout cela ?“
Votre crédibilité ne dépend pas du nombre de techniques inscrites sur votre site. Elle naît davantage de
la cohérence entre ce que vous annoncez, ce pour quoi vous êtes formé, votre expérience et la qualité de ce que vit votre client.
Avant d’ajouter une nouvelle technique, une bonne question pourrait donc être : “Qu’apportera-t-elle réellement à mon activité et aux personnes que je souhaite accompagner ?“
Votre spécialité peut devenir un véritable fil conducteur.
Lorsqu’elle est pertinente, une spécialisation simplifie énormément de décisions :
- elle peut orienter vos futures formations, vous aide à choisir les partenaires avec lesquels créer des liens, elle facilite la rédaction de votre site internet ;
- elle vous donne également des idées de contenus réellement utiles à publier ;
- elle vous permet de sélectionner les événements auxquels participer ;
- elle aide vos prescripteurs à comprendre quand vous recommander !
- elle peut orienter vos prestations en entreprise ou en institution ;
- elle contribue à votre référencement local.
Et, progressivement, elle peut vous permettre d’être identifié comme une personne particulièrement compétente sur un sujet ou auprès d’un public.
C’est à ce moment-là que la spécialisation devient beaucoup plus qu’un choix de communication :
elle devient une direction de développement professionnel.
En conclusion
Ne cherchez pas une case, cherchez une cohérence.
Trouver sa spécialité ne consiste pas à inventer une niche originale. Il ne s’agit pas davantage de deviner quelle technique sera à la mode dans quelques années.
Une spécialisation solide se construit progressivement à la rencontre de plusieurs dimensions :
- vous, votre parcours et vos affinités ;
- vos compétences, réelles et suffisamment maîtrisées ;
- vos clients, leurs besoins et leurs demandes ;
- votre environnement, ses caractéristiques et ses opportunités ;
- votre expérience, qui affinera progressivement vos choix.
Votre spécialité n’a donc pas nécessairement besoin d’être très étroite ni définitive. Elle doit surtout devenir compréhensible, crédible, cohérente et suffisamment identifiable pour donner une direction à votre activité.
Et peut-être est-ce finalement la meilleure définition :
Votre spécialité est ce pour quoi vous aimeriez que l’on pense naturellement à vous.
Les prochains pas... pour aller plus loin !