La suffisance

Un autre regard sur votre activité : de combien avez-vous réellement besoin ?

La carte des regards - La suffisance - l’assez - En mode pro formations

Toujours plus de clients, de revenu ou de visibilité ? La suffisance propose une autre question : de combien avez-vous réellement besoin, avec quelle marge, et pour quoi faire ?

En bref

Une activité professionnelle doit d’abord produire suffisamment : suffisamment de revenu, de clients, de temps, de trésorerie ou de visibilité pour permettre au praticien d’exercer dans de bonnes conditions.

Mais une fois ce niveau atteint, faut-il nécessairement continuer à chercher davantage ?

Le Regard de la suffisance propose de définir un « assez » avec une marge, puis de se demander ce que l’étape suivante apporterait réellement et ce qu’elle demanderait en échange.

La suffisance ne fixe pas un plafond. Elle crée un repère à partir duquel davantage redevient un choix.

Objectif : Apprendre à distinguer ce dont votre activité a réellement besoin, la marge nécessaire pour la sécuriser et ce que vous souhaitez éventuellement développer au-delà.

Quand saurez-vous que votre activité fonctionne suffisamment ?

  • Vous souhaitez davantage de clients ⇒ Combien ?
  • Vous aimeriez augmenter votre chiffre d’affaires ⇒ Jusqu’où ?
  • Vous voulez être plus visible ⇒ À partir de quand le serez-vous suffisamment ?

La réponse à ces questions est souvent « étrangement difficile ». Nous savons assez facilement identifier une situation insuffisante tel que :

  • mon revenu ne me permet pas de vivre ;
  • mon agenda est trop vide ;
  • ma trésorerie ne permet pas d’absorber un imprévu ;
  • trop peu de personnes connaissent mon activité.

Et nous cherchons alors naturellement à faire progresser l’indicateur. Mais nous définissons beaucoup plus rarement le moment où cette progression sera devenue suffisante.

Le résultat est une étrange asymétrie :

nous savons ce que signifie pas assez, mais beaucoup moins ce que signifie assez.

Pourquoi s’intéresser à la suffisance ?

La notion de suffisance apparaît aujourd’hui dans plusieurs champs de réflexion : économie, consommation, transition écologique, besoins fondamentaux ou encore travaux consacrés à la prospérité et aux limites de la croissance.

Ces approches ne disent pas toutes la même chose mais nous en retiendrons une question importante pour un indépendant :

Comment déterminer ce qui est suffisant avant de décider si davantage est souhaitable ?

Il est important de bien distinguer la suffisance de deux notions proches :

  • L’efficacité, qui consiste à obtenir davantage de résultat avec une quantité donnée de ressources.
  • La sobriété, qui consiste à réduire volontairement certaines consommations ou certains usages.

La suffisance, telle que nous l’utiliserons ici, commence ailleurs :

De quoi ai-je réellement besoin ?

Et dans une activité professionnelle, cette question doit commencer par le bas. Avant de se demander s’il faut limiter quoi que ce soit, il faut vérifier que l’activité produit suffisamment pour être viable. 

1. "Assez" commence par un minimum

Imaginons une praticienne qui souhaite travailler « simplement » et ne recherche pas un chiffre d’affaires important. Son activité doit tout de même permettre de financer :

  • ses cotisations ;
  • son cabinet ;
  • son assurance ;
  • son matériel ;
  • ses outils professionnels ;
  • ses congés et périodes sans activité ;
  • et surtout le revenu dont elle a besoin.

La suffisance ne consiste pas à apprendre à se contenter de peu. Elle commence par une question économique très concrète :

Qu’est-ce que mon activité doit au minimum me permettre de financer pour être réellement viable ?

Pour certains praticiens, la première conclusion d’un travail sur la suffisance peut donc être : « Mon activité doit produire davantage.« 

Avant d’avoir assez, il faut atteindre assez.

2. Votre "assez" économique vous appartient

Combien doit gagner un praticien bien-être ? Il n’existe pas de réponse universelle. Deux praticiens peuvent avoir exactement le même chiffre d’affaires et des situations économiques radicalement différentes.

La question intéressante est :

quel chiffre d’affaires permet à votre propre modèle de fonctionner ?

Pour commencer à définir cet « assez économique », nous pouvons regarder plusieurs composantes :

  • les besoins de l’activité
    charges, cotisations, matériel, renouvellement, formation nécessaire ;
  • vos besoins personnels
    revenu nécessaire, congés, protection, projets ;
  • la sécurité
    trésorerie, fluctuations de clientèle, imprévus, périodes creuses ;
  • ce que vous souhaitez éventuellement rendre possible
    investir, travailler moins, suivre une formation, développer un projet, augmenter votre revenu.

De combien ai-je réellement besoin pour que mon activité finance ce qu’elle doit financer et me permette de vivre comme je l’ai décidé ?

Le chiffre obtenu n’est pas un objectif universel, c’est votre repère.

3. "Assez" doit comprendre une marge

Supposons que votre activité fonctionne parfaitement avec quinze rendez-vous par semaine. Peut-être est-ce suffisant ? Mais que se passe-t-il si :

  • deux clients annulent ?
  • Si février est moins actif ?
  • Si votre matériel doit être remplacé ?
  • Si vous devez vous arrêter quelques jours ?

Une activité calculée au plus juste peut fonctionner lorsque tout se déroule exactement comme prévu et devenir immédiatement fragile au moindre écart.

La question de la suffisance :

Si tout va normalement, j’ai assez. Mais ai-je encore assez lorsque quelque chose ne se passe pas normalement ?

Cette marge peut concerner :

  • l’argent ;
  • le temps ;
  • le nombre de clients ;
  • la disponibilité ;
  • la trésorerie ;
  • le matériel ;
  • ou même les sources de clientèle.

Une marge n’est pas nécessairement du gaspillage. Elle peut être ce qui évite qu’un système suffisamment dimensionné devienne un système dimensionné au millimètre.

4. Faut-il vraiment faire mieux… ou simplement en faire moins ?

Vous passez quatre heures par semaine à produire du contenu pour vos réseaux sociaux ; vous trouvez cela trop long. La réponse classique consiste à chercher comment être plus efficace :

  • un nouvel outil ;
  • une automatisation ;
  • un calendrier éditorial ;
  • une intelligence artificielle ;
  • des modèles de publications.

Ces solutions peuvent être pertinentes. Mais la suffisance ajoute une question avant de chercher à optimiser :

Ai-je réellement besoin de produire autant ?

Si deux publications mensuelles permettent d’obtenir le résultat dont vous avez besoin, apprendre à en produire douze plus efficacement ne résout peut-être pas le bon problème.

Même raisonnement avec :

  • le nombre de prestations proposées ;
  • les newsletters ;
  • les logiciels ;
  • les contenus du site ;
  • les rendez-vous ;
  • les actions de prospection.

La question de la suffisance :

Ai-je besoin de faire cela plus efficacement, ou ai-je simplement besoin d’en faire moins ?

Cette question n’est pas une invitation à « réduire » systématiquement, mais plutôt d’éviter de consacrer beaucoup d’énergie à optimiser quelque chose dont nous n’avons pas réellement besoin dans cette quantité.

5. Qu’est-ce que "davantage" vous apporte réellement ?

Votre activité fonctionne et vous pourriez maintenant passer de 15 à 20 rendez-vous par semaine. Pourquoi pas ? La suffisance ne répond pas : « N’en faites surtout pas davantage. » Elle demande :

Qu’est-ce que ces cinq rendez-vous supplémentaires vont rendre possible ?

  • Davantage de revenu ?
  • Une épargne ?
  • Un investissement ?
  • Un projet personnel ?
  • Une plus grande sécurité ?
  • Simplement le plaisir de développer votre activité ?

Toutes ces réponses peuvent être parfaitement légitimes.

Mais l’étape supplémentaire, c’est-à-dire « avoir davantage de rendez-vous », possède également un coût éventuel :

  • davantage de temps ;
  • de fatigue ;
  • de charges ;
  • de complexité ;
  • de gestion ;
  • de dépendance ;
  • ou moins de disponibilité personnelle.

La question de la suffisance devient donc :

Qu’est-ce que l’étape suivante m’apporte, et qu’est-ce qu’elle exige en échange ?

Nous ne demandons pas si « plus » est bien ou mal, nous regardons ce que « davantage » change réellement.

6. Décidez à l’avance ce que signifie "suffisamment atteint"

Vous souhaitez améliorer votre visibilité locale. Vous créez votre fiche Google, optimisez votre site, publiez des articles, développez des partenariats, rejoignez un réseau professionnel et participez à des événements. À quel moment considérerez-vous que votre visibilité est suffisante ?

Si vous ne définissez aucun repère, chaque résultat obtenu peut immédiatement appeler l’étape suivante.

  • Plus de visites.
  • Plus d’abonnés.
  • Plus de contacts.
  • Plus de clients.
  • Plus de chiffre d’affaires.

C’esticiqu’une notion fondamentale en en jeu : la règle d’arrêt. Elle ne signifie pas nécessairement que vous allez arrêter définitivement une action. Elle consiste à décider :

À quoi saurai-je que cet objectif est suffisamment atteint ?

Par exemple :

  • mon agenda est rempli trois semaines à l’avance ;
  • je reçois en moyenne douze nouveaux clients par mois ;
  • mon activité produit le revenu nécessaire avec une marge définie ;
  • j’ai suffisamment de demandes pour remplir mes créneaux disponibles ;
  • ma trésorerie couvre trois mois de charges.

Une fois ce repère atteint, vous pouvez toujours décider d’aller plus loin. Mais quelque chose a changé : 

vous n’êtes plus obligé de considérer davantage comme la seule direction possible.

Essayez ce Regard : définissez votre "assez"

Choisissez une dimension de votre activité dans laquelle vous cherchez actuellement davantage :

  • clients ;
  • revenu ;
  • visibilité ;
  • formations ;
  • prestations ;
  • temps ;
  • outils ;
  • contenus ;
  • partenaires.

Puis répondez à ces questions :

  • De quoi ai-je réellement besoin ?
  • Quel niveau serait insuffisant ?
  • Quel niveau me permettrait de répondre correctement à mon besoin ?
  • De quelle marge ai-je besoin pour absorber les imprévus ?
  • À quoi saurai-je que cet objectif est suffisamment atteint ?
  • Si je vais au-delà, qu’est-ce que davantage me permettra réellement ?
  • Et qu’exigera-t-il en échange ?

Vous n’avez pas à vous arrêter au niveau que vous venez de définir. Vous venez simplement de créer un repère à partir duquel continuer devient une décision.

Votre premier pas

Choisissez un objectif que vous formulez actuellement avec les mots : « plus de…« 

  • Plus de clients.
  • Plus de chiffre d’affaires.
  • Plus de visibilité.
  • Plus de rendez-vous.
  • Plus d’abonnés.

Puis remplacez « plus de » par  « suffisamment de… pour…« 

Par exemple : « suffisamment de nouveaux clients chaque mois pour remplir mes douze créneaux disponibles » (plutôt que « plus de clients »).

Vous venez de transformer une direction sans fin en objectif que vous pouvez réellement piloter.

Prenez le temps de réfléchir à votre propre situation.

À retenir

Une activité viable doit d’abord produire suffisamment.

La suffisance ne consiste donc pas à vous demander de réduire vos ambitions, mais à définir ce dont vous avez besoin, avec une marge suffisante pour que votre activité ne devienne pas fragile.

Une fois ce repère atteint, une nouvelle question devient possible : Qu’est-ce que davantage m’apporterait réellement, et qu’est-ce qu’il me demanderait en échange ?

C’est pourquoi le Regard de la suffisance peut se résumer ainsi :

De combien ai-je réellement besoin – avec quelle marge – et qu’est-ce que davantage m’apporterait ?

Et surtout :

La suffisance ne fixe pas un plafond. Elle crée un repère à partir duquel « davantage » redevient un choix.