Il existe une question que presque tous les futurs praticiens se posent, quel que soit leur parcours : “Suis-je vraiment prêt ?“. Cette interrogation apparaît aussi bien chez les personnes qui terminent une formation longue que chez celles qui ont construit leur parcours au fil de plusieurs formations plus courtes.
Elle est d’autant plus légitime dans les métiers du bien-être et des approches complémentaires qu’il n’existe pas toujours un diplôme reconnu permettant de dire : “à partir d’aujourd’hui, je suis officiellement praticien“.
Beaucoup attendent alors un signe qui viendrait confirmer leur légitimité : une certification supplémentaire, une nouvelle technique, davantage d’expérience ou la validation d’un pair de confiance ou d’un formateur.
Pourtant, les recherches (1) (2) montrent une réalité différente : la légitimité professionnelle ne s’obtient pas en une seule fois. Elle se construit progressivement.
Objectif : comprendre que la légitimité professionnelle se construit progressivement par la compétence, l'expérience, la posture et la responsabilité, bien au-delà du seul certificat ou diplôme.
Public : cette fiche concerne tous les professionnels du bien-être et des approches complémentaires
La légitimité ne repose pas sur un seul critère
La différence entre amateur et professionnel
On pourrait aussi penser que le professionnel est simplement celui qui est rémunéré pour ses services (3).
A vrai dire, la rémunération perçue n’a que peu ou pas d’impact sur la confiance en soi. Au contraire, cette rémunération peut accentuer le sentiment d’illégitimité du praticien : “Je ne la mérite pas”.
Les recherches proposent une vision bien plus large et intéressante.
Ce qui distingue un professionnel, ce n’est pas seulement la qualité de ses gestes. C’est aussi sa manière d’exercer :
- un professionnel connaît son champ de compétences ;
- il sait expliquer ce qu’il fait ;
- il respecte des règles déontologiques ;
- il reconnaît ses limites ;
- il continue de se former ;
- il adapte sa pratique aux situations rencontrées ;
- il accepte de remettre certaines de ses habitudes en question lorsque cela est nécessaire.
Pour ceux qui ont déjà parcouru un code de déontologie, vous retrouverez dans cette liste des valeurs professionnelles fondamentales.
À l’inverse, l’amateur n’est pas celui qui débute. C’est plutôt celui qui ne construit pas cette posture de responsabilité.
Exercer, pour apprendre véritablement son métier
Les recherches (4) (5) valident toutes cette idée commune : personne ne devient expert en sortant de formation.
Au début, le praticien applique les protocoles appris. Avec l’expérience, il apprend progressivement à observer davantage, à adapter son intervention, à mieux comprendre les besoins de chaque personne et à prendre des décisions plus nuancées.
Ce passage ne se produit pas en une seule séance. Il se construit au fil des expériences, des réussites, des difficultés rencontrées et des échanges avec d’autres professionnels.
Autrement dit, exercer ne marque pas la fin de la formation. C’est souvent le véritable début de l’apprentissage du métier.
Quand continuer à se former devient une façon de repousser son installation
Continuer à apprendre est une qualité indispensable. Mais il arrive aussi qu’une nouvelle formation ne serve, inconsciemment, qu’à retarder le passage à l’action.
Certaines personnes accumulent les techniques sans jamais oser recevoir leurs premiers clients. Non parce qu’elles manquent réellement de compétences. Mais parce qu’elles espèrent qu’une formation supplémentaire fera disparaître leurs doutes.
La recherche (8) sur le perfectionnisme et le sentiment d’imposture montrent que ce mécanisme est fréquent dans de nombreuses professions d’accompagnement.
La bonne question n’est donc pas : “Ai-je encore des choses à apprendre ?“. La réponse sera toujours oui.
La véritable question est plutôt : “Ma prochaine formation me permettra-t-elle réellement de mieux accompagner mes futurs clients ?“.
En pratique, sur son site internet, faut-il mettre en avant ses certificats ?
La réponse est bien évidemment “oui”. Cependant, préférez un affichage discret en soutien à votre notoriété. En clair, positionnez vos formations sur votre page de présentation personnelle (généralement la page “à propos”). Préférez un affichage en liste que vous pourrez facilement mettre à jour. Evitez d’afficher le visuel de vos certificats, peu esthétique et, au final, peu valorisant ! Positionnez-vous dans la peau d’un praticien expérimenté avec 10 années d’ancienneté : croyez-vous qu’il ait encore besoin de justifier de ses certificats ? Non, “évidemment”. Faites pareil. Si vous voulez que vos clients vous fassent confiance, affichez-vous comme un praticien expérimenté.
La déontologie est un puissant facteur de légitimité
Paradoxalement, l’une des meilleures façons de renforcer sa crédibilité consiste à reconnaître ce qui ne relève pas de ses compétences. Les codes de déontologie des principales fédérations insistent tous sur ce point.
Un praticien professionnel :
- n’hésite pas à orienter une personne vers un autre professionnel lorsque la situation dépasse son champ d’intervention ;
- il évite toute confusion avec les professions médicales ;
- il présente clairement ses prestations ;
- il respecte la confidentialité ;
- il entretient régulièrement ses compétences.
Cette capacité à poser un cadre clair rassure autant les clients qu’elle contribue à construire une véritable identité professionnelle.
Les idées reçues
Je serai légitime lorsque j’aurai encore une formation de plus.
La formation est essentielle, mais la recherche montre que la légitimité se construit aussi dans l’exercice progressif du métier.
Les clients choisissent les praticiens les plus “diplômés”.
Ils accordent également beaucoup d’importance à la relation, aux recommandations, à l’écoute, à la réputation et à la qualité de l’expérience vécue.
Un professionnel ne doute jamais.
Le doute fait partie du développement professionnel. La différence est qu’un professionnel apprend à transformer ce doute en réflexion, en amélioration continue et en recherche de solutions.
Être professionnel, c’est tout savoir.
Être professionnel, c’est surtout connaître ses compétences… et ses limites.
Ce qu'il faut retenir
La légitimité n’est ni un diplôme magique délivré par son centre de formation, ni un sentiment qui apparaît soudainement le jour de son installation. Elle se construit progressivement.
Chaque client accompagné, chaque retour reçu, chaque formation suivie, chaque échange avec d’autres praticiens, chaque situation analysée contribue à renforcer cette identité professionnelle.
La question n’est donc peut-être pas : “Suis-je enfin totalement légitime ?“. Mais plutôt : “Suis-je aujourd’hui suffisamment formé pour accompagner mes premiers clients dans un cadre sûr, honnête et respectueux, tout en continuant à apprendre ?“.
Si la réponse est oui, alors vous possédez probablement déjà l’essentiel. Le reste s’acquerra avec l’expérience.
Références :
- Gérer la légitimité : approches stratégiques et institutionnelles, par Marc C. Suchman. Revue de l’Académie de Management. Vol. 20, n° 3 (juillet 1995), pp. 571-610 (40 pages).
- Construction de l’identité professionnelle : le rôle du travail et des cycles d’apprentissage identitaire dans la personnalisation de l’identité chez les étudiants en médecine,
Revue de l’Académie de Management, avril 2006. - Le système des professions, essai sur la division du travail spécialisé. Abbott, A. University of Chicago Press, 1988.
- Pratique réflexive dans les établissements de soins de santé, Cambridge University Press, 2025.
- Du novice à l’expert, P. Benner, 1982.
- Recommandation du Conseil du 16 juin 2022 relative à une approche européenne des microcertifications pour l’apprentissage tout au long de la vie et l’employabilité, Journal officiel de l’Union européenne.
- Micro-credential innovations in higher education: Who, What and Why?, oecd.org.
- Procrastination, perfectionnisme et autres problèmes mentaux liés au travail : prévalence, types, évaluation et traitement, C Steinert, 2021.
Les prochains pas... pour aller plus loin !